En vrac : altitude (quasiment 4,000m), capitale, bruit, pollution, gens, montagnes, circulation, densité, vivant… c’est de la FOLIE! Une ville qui n’arrête jamais, ça bouge, sort de tous les coins, l’espace n’a pas le temps de se vider que déjà il se remplit, des gens, des voitures partout, des trous dans les murs avec des restaurants et autres magasins de broc. Un vrai bordel – et c’en est enivrant tellement il y a de l’énergie, de la vie. Ça donne la sensation d’un gigantesque corps vivant, toutes les molécules semblent totalement déconnectées et pourtant ça marche, ça avance, recule, tourne, monte et descend, dans un tourbillon de bruit, de pollution, d’odeurs. Il suffit de marcher dans les rues pour avoir l’impression de faire partie de ce tout qui dérange et agresse, en même temps qu’il nous entraine dans sa valse ininterrompue. Juste une énorme source d’énergie qui semble ne jamais tarir.
L’arrivée en bus commence par les banlieues, tentacules urbaines poussiéreuses noyées dans la circulation. Bâtiments à demi-construits, routes de terre – nous approchons. Dans le bus, remplit pour la plupart de touristes, le silence tendu trahit un mélange d’excitation et d’appréhension. On découvre, observe, ne sachant comment interpréter cette zizanie ambulante. Et cette question au bout des lèvres, de savoir si c’est vraiment la destination qu’on a choisit, en même temps que notre fascination pour cet inconnu et ce nouveau grandit. Nous arrivons sur une sorte de rocade, et tout à coup la ville s’offre à nous d’un regard. Nous plongeons littéralement dans La Paz qui se trouve encastrée entre les montagnes – c’est tout simplement magnifique. Les dernières lueurs de jour caressent les flancs de la ville, qui s’étend dans chaque recoin possible des pentes montagneuses. Très vite nous arrivons dans le chaos local, la circulation, les vendeurs ambulants, nous nous remplissons des odeurs et bruits inconnus, agressants, enivrants. Nous y sommes.
Beaucoup de monde parle de l’insécurité comme le principal danger de la ville. Il suffit de quelques instants pour s’apercevoir que le réel risque vient de se faire couper en deux par des bus qui ont oublié que les piétons n’ont pas le luxe d’un pare-choc. La priorité est un concept qui n’a tout simplement pas été inventé ici, pour les piétons en tous cas. Un petit air de Darwinisme dans une ville ou tout semble pousser de manière organique et sauvage. Et ça fonctionne, comme par miracle cette zizanie forme un tout cohérent. C’est incroyable à voir, probablement impossible à vivre mais en ces quelques jours, je ne ressens que de la fascination. Je me sens entraîné par toute cette vie, dans un décor tout simplement ahurissant de montagnes et de constructions hétérogènes.
J’arrive juste après le suffrage présidentiel qui a vu la réélection du candidat sortant, Evo Morales. La ville en est encore à reprendre son souffle après la fête qui a suivit le verdict, le président étant extrêmement populaire (normal vous allez me dire, il vient de se faire réélire!). Tags sur les murs, affiches à moitié décollées, on s’en est donné à cœur joie. La Bolivie est un cas assez intéressant : indépendante depuis quelques 200 cent ans, elle a connut quasiment autant de gouvernements et l’instabilité est le quotidien d’un peuple à majorité indigène et rural. L’un des pays les plus riches en ressources naturelles du continent (notamment la plus grande réserve mondiale de Lithium), il en est malheureusement le plus pauvre probablement le fruit d’un manque de gestion et d’une instabilité et corruption notoires. Ceci dit le nouveau président, outre le fait d’avoir survécut un premier mandat et gagné son droit à un deuxième, semble avoir à cœur de changer les choses et de vraiment faire avancer le pays. L’engouement populaire est en tous cas éloquent.
Je passerai une bonne semaine à La Paz, essentiellement à déambuler dans les rues et me laisser porter par la folie ambiante. Après le calme et la torpeur de Copacabana, la vie passe tout à coup en mode accéléré. Ce que j’appréhendais pendant les premières semaines de mon voyage, essentiellement l’inconnu d’une vie qui dépasse son propre entendement, devient rapidement de la fascination. La découverte de la nouveauté pour moi apparaît être un équilibre entre appréhension et excitation, et je réalise qu’avec le temps cette dernière prend le dessus – la peur fait progressivement place à la soif de découverte, de vie. Ca dérange, et c’est délicieux. Le dimanche, visite du marché « El Alto » dans les hauteurs de la ville, un gigantesque amoncellement de… tout. Et une vue à couper le souffle sur la ville dans toute sa grandeur. Les photos sont belles, mais ne font pas honneur à l’immensité d’une ville impossible.
Et comme tout bon touriste, je décide avant de quitter la ville de me lancer sur la route de la mort, autrement surnommée route la plus dangereuse du monde. Charmant, n’est ce pas? En quelques mots, on parle d’une descente en vélo sur l’ancienne route qui relie La Paz à Coroico et la partie amazonienne du pays. Départ à 4,700m d’altitude, arrivée 63km plus loin et 3,500m plus bas. La route est principalement constituée d’un chemin de terre à flanc de montagne, avec des ravins de plusieurs centaines de mètre qui nous narguent tout au long du parcours. Facile. Fait intéressant, avant l’ouverture de la nouvelle route (goudronnée) il y a 3 ans, cette route était la seule reliant les deux villes et l’accès principale à la région amazonienne de la Bolivie. Donc ce même chemin de terre était plein de bus, voitures et camions, se partageant un chemin par moment pas plus large que 3 mètres. De là est venue sa charmante réputation, après nombre de disparition de véhicule dans les pentes avoisinantes. Autre fait intéressant à cette époque, il était déjà possible de descendre cette même route en vélo – avec la circulation cette fois-ci. (comme dans les jeux vidéos de voiture, quand on peut choisir avec ou sans l’option circulation J). La descente n’en est pas moins superbe, avec des pointes à près de 30km/h – ca décoiffe. Inutile de préciser que l’équipement est au top pour la sécurité (t’inquiète mam’s, je fais attention
) avec vélos à suspension intégrale, combinaison, casque, etc. La totale. Et ça marche – un des gars du groupe lancé à pleine vitesse va faire un soleil, tomber sur la tête et se relever comme si de rien était (avec tout de même de bons bleus pour les prochains jours). Toute une aventure et des paysages encore une fois tout simplement exceptionnels (voir l’album).
Après la folie de La Paz, en route tranquillement vers Rurrenabaque, à la frontière de la forêt amazonienne, histoire de se dégriser un peu avec 3 jours de pampas (François, petite pensée pour toi). Au programme, caïmans et autres animaux sauvages, chaleur, humidité et moustiques en tous genres!




