El Bolson – Régime argentin

El Bolson

El Bolson

Descente du bus, nous nous dirigeons tranquilement avec Raph et Delphine vers le bistro du terminal pour se dire au revoir et prendre rendez-vous pour l’été qui vient, cette fois en Suisse autour du bonne fondue. Julio et Anne-Hélène passent me prendre – cela fait maintenant un bon mois que nous nous sommes rencontrés et quittés. Et nous voici en route pour le lac Puelo, où ils habitent depuis peu. La route est agréable et les histoires fusent, nous sommes heureux de nous revoir.

Anne-Hélène et Julio

Anne-Hélène et Julio

Arrivée dans le noir après un petit arrêt pour faire le plein de viande et de vin, et nous voici accueillis par Bretzel, jeune labrador couleur chocolat qui n’en finit plus de montrer son affection. Le chalet qui les abrite est magnifique, tout fait de bois et construit selon les plans de Julio. L’ambiance est chaleureuse et je tombe rapidement sous le charme de l’endroit, pris entre deux montagnes et totalement dans la nature. Julio nous préparera cette soirée là l’une des viande les plus mémorables qu’il m’ait été donné de goûter. Cuite lentement au feu de bois  dans la cheminée, accompagnée d’une bonne bouteille et béarnaise… Comme si nous nous étions quittés la veille, nous repartons dans nos interminables discussions sur tous types de sujets, pour finalement éteindre les lumières sous un ciel scintillant d’étoiles.

Vue aérienne de El Bolson

Vue aérienne de El Bolson

Julio le lendemain se propose de me faire découvrir les charmes de sa région natale et après un solide petit déjeuner, nous embarquons dans le pick-up (Bretzel à l’arrière) pour une magnifique balade sur un des sommets environnants. Le temps change rapidement et à mesure que nous atteignons le plateau supérieur, la température tombe autour de 0. Quelques minutes plus tard, nous rejoignons l’une des arêtes et pouvons découvrir toute la vallée qui s’offre à nous – c’est tout simplement superbe! Petite pause chocolat, Bretzel se réchauffe les cordes vocales (à défaut du reste), et nous nous remettons rapidement en route pour attaquer la descente (vraiment pas chaud là-haut!). Petite pause pizza d’altitude et bière maison au refuge et nous rentrons à la chaleur de la vallée. Retour au chalet, petit maté dans le jardin suivi d’une session d’épluchage de prunes dans le jardin. L’air est doux, le paysage magnifique, Julio et Anne-Hélène me racontent leur nouvelle vie en pleine nature (après Paris pendant de nombreuses années pour les deux), le chien fait la sieste.

Balade à cheval version argentine

I'm a poor lonesome cowboy...

Lendemain, c’est aventure version argentine! Julio doit visiter un campo proche de la frontière chilienne, nous nous mettons donc en route après une visite du marché artisanal de El Bolson (les artisans sont souvent au moins aussi intéressants que leurs bibelots – genre Woodstock des années 2000) et quelques empanadas pour nous tenir au ventre. Le campo ne peut être visité dans son intégralité qu’à cheval, nous voici donc sur de superbes montures qu’il nous aura fallut attraper dans l’enclos (avec un peu d’aide dans mon cas, apprentit cowboy tout de même…). Le paysage est digne d’un western, des collines désertiques pour la plupart dénuées d’arbres dans lesquelles broutent d’énormes troupeaux de moutons et quelques vaches par-ci par là. Le soleil nous brûle le cou, l’air est frais sans trop l’être, et le paysage s’offre à nous à mesure que nous montons. 2h plus tard, nous arrivons au point de vue le plus haut du domaine et pouvons le contempler dans toute sa splendeur (OK Julio, ça vaut pas un campo de Patagonie du sud, mais quand même… ;) ). Pause saucisson et fromage, discussion avec le gérant du domaine qui nous raconte l’histoire de la région et de la propriété, et nous voici en selle pour attaquer la descente. Par intervalles petits galops pour faire bonne mesure (pas comme dans les balades de touristes, les chevaux partent au quart de tour et connaissent leur affaire – un régal qui peu à peu se transforme en supplice pour les cuisses), et nous finissons par un accueil chaleureux des chiens. Incroyable balade – John Wayne n’a qu’à bien se tenir!

Assado!

Assado!

Le dimanche arrive, nous allons pouvoir tester la tradition du Quincho! Situé sur la propriété familiale, il s’agit d’un chalet dédié… à la barbaq! Non je plaisante pas, on parle d’une vraie salle de restaurant équipée d’une cheminée de 3 mètres de large sur 1.5 mètres de profondeur, une cuisine, table de ping pong et bien sur de longues tables prêtes à accueillir les estomacs festifs de la famille, et les autres aussi d’ailleurs! Bon il faut savoir qu’un Quincho, ça se mérite. Nous avons donc un atelier déménagement l’après midi pour aider la soeur de Julio à déménager, qui se termine près du feu avec une variété impressionante de différents morceaux de viande. Alors le truc à savoir c’est qu’un assado (bbq) débute toujours avec les saucisses (chorizo en bon argentin). Le débutant inexpérimenté et affamé se jette dessus, logique. Erreur stratégique! On y va crescendo, ce qui veut dire que plus on avance dans le repas, plus les morceaux de viande sont fins et gouteux. Bref malheureux celui qui n’a plus faim pour les derniers morceaux, ce sont les meilleurs! Nous passerons ainsi une merveilleuse soirée bercée par la bonne humeur (et le caractère) des nièces de Julio et les éfluves de Brel.

Cela conclut en beauté mon séjour chez Julio et Anne-Hélène (encore un énorme merci à tous les deux pour un accueil hors pair!), et les magnifiques contrées de la région des lacs. Je quitte donc mes deux amis et verse une petite larme en quittant El Bolson et ensuite Bariloche qui resteront une étape très spéciale de mon épopée en Amérique du Sud. Une page se tourne, une autre est maintenant à écrire. Direction Buenos Aires cette fois-ci!

El Bolson

El Bolson

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Potosi – Germinal des temps modernes

Mine "La Negra"

Mine "La Negra"

Sur la route de Sucre avec cela dit un arrêt en chemin pour visiter Potosi, plus haute ville du monde à 4,000m+ d’altitude. Célèbre pour ses mines d’argent, elle fut la ville la plus riche de tout le continent au 17e siècle et une des importantes sources de revenus pour l’Espagne. A l’époque sa population dépassait celle de Londres ou Paris pourtant déjà principaux centres névralgiques d’Europe. Avec le temps la mine s’est peu à peu tarit, abandonnant la ville à sa splendeur passée. Aujourd’hui Potosi reste une ville de taille moyenne et conserve nombre de témoignages de sa grandeur d’autrefois. Les mines quant à elles restent en exploitation pour ses minéraux, cette fois-ci gérées non pas des sociétés privées mais par un système de coopératives détenues directement par les mineurs. Il n’y donc plus d’intermédiaires et les mineurs récoltent le fruit de leur travail dans leur intégralité. Est-ce le meilleur système, difficile à dire en si peu de temps – mais le tout a l’air de fonctionner.

La montagne abritant la mine

La montagne abritant la mine

L’histoire de la mine n’est pas brillante. L’exploitation a commencé au 16e siècle alors que les espagnols découvrent les réserves d’argent de la montagne et lancent son exploitation massive. Bien entendu le travail d’extraction (complètement manuel) sera l’exclusivité des indigènes locaux et esclaves noirs venus d’Afrique, bien que ces derniers ne soient pas taillés pour la rudesse des conditions de travail (surtout dut à l’altitude et les problèmes de respiration). Inutile de préciser que des millions de personnes y laisseront leur vie au fil des siècles, alors que les colons s’enrichiront à outrance. Juste une injustice de plus… Bref l’histoire de la mine est profondément entachée du sang de ses victimes, en même temps qu’elle a fasciné les hommes des siècles durant.

"Tio"

"Tio"

Alors qu’à l’époque la religion imposée (et respectée par les locaux) était le christianisme, les mineurs avaient leur propre dieu – Tio (un dieu unique, chose rare pour les indigènes qui à l’origine avaient nombre de dieux tels la terre, le soleil, etc.). Autrement dit le diable. Ils ne vénéraient ce dieu qu’une fois entrés dans la mine. Dès la sortie, ils revenaient aux croyances « publiques ». Cela est toujours vrai, et une journée à la mine commence par un passage à la statue de Tio et par une série d’offrande destinées à le calmer et assurer la sécurité des mineurs. Il est donc aspergé d’alcool à 95%, on lui colle quelques feuilles de coca, et on lui glisse dans le bec une cigarette allumée. A se demander s’ils n’essaient pas de l’achever… Cette tradition prévaut toujours aujourd’hui et notre guide, ancien mineur, n’y coupera pas.

La fine équipe

La fine équipe

Que donne la mine d’aujourd’hui? A peu de choses près, rien ne semble avoir changé. Nous attaquons la visite en enfilant la panoplie du petit mineur, à savoir bottes, veste et pantalon, sans oublier la lampe frontale. Arrêt au magasin de la mine pour acheter des cadeaux que nous remettrons aux mineurs selon la tradition. Au programme, bâton de dynamite (en vente libre à 3$ – imbattable!), alcool potable (précision importante) à 95% (j’ai essayé, tort boyaux assuré – le calvados peut aller se rhabiller), feuilles de coca et déclencheur chimique (qui libère les propriétés de la coca : coupe-faim, aide pour l’altitude, stimulant, etc.). Le tout complété d’une bonne bouteille de soda de 2 litres et nous voici parés à attaquer notre visite. J’enlève dors et déjà la notion « touristique », cette dernière impliquant un certain nombre de mesures de sécurité et protections pour s’assurer que le touriste en ressorte en un morceau de manière systématique. Dans notre cas, nous allons simplement marcher dans la mine en activité, croisant ainsi mineurs et chariots et nous faufilant dans les tunnels qu’ils utilisent couramment avec en bruits de fond quelques explosions de dynamite pour faire bonne mesure. Autant dire donc qu’il ne s’agit pas vraiment d’une petite promenade de santé avec quelques panneaux explicatifs – on est directement dans la réalité de la mine et de ses occupants.

Toute une aventure

Toute une aventure

Notre mine s’appelle La Negra (la noire), en exploitation depuis 1988 pour son argent et zinc. Après avoir laissé passer quelques mineurs sortant leurs chariots, nous faisons notre entrée. Nous nous enfonçons donc dans un étroit passage creusé à même la montagne haut d’un mètre 60-70, le sol est un mélange de gravats et d’eau, et nous caressons de la tête un tuyaux d’air comprimé coupé par endroits pour laisser s’échapper un peu d’air à intervalles réguliers. Pas de lumière, simplement la lueur de nos frontales qui dessinent un halo lumineux le long des murs. À mesure que nous progressons l’air se fait plus dense et la respiration ralentit. Petit arrêt à la statue de Tio pour procéder aux dites offrandes et glaner quelques explications, et surtout s’habituer au manque d’air qui combiné aux 4,000m d’altitude nous laisse le souffle court. Nous continuons à nous enfoncer dans la montagne et arrivons à un passage – il est temps d’entamer notre descente dans ses entrailles. Quelques planches de bois et rondins pour guise de passage, une échelle et nous voilà en train de descendre dans les profondeurs sombres de la mine. Le tout est glissant à souhait du fait de l’humidité constante, la poussière empêche nos lampes de voir à plus de 1 mètre, et plusieurs mètres de vide en dessous de nous assurent un silence de concentration et d’appréhension dans le groupe. Certains passages sont réellement dangereux, nous passons à un moment donné au dessus d’un trou de 4 mètres sur une planche inclinée de 20 cm de large glissante comme du savon. Je ne suis pas sensible, mais j’avoue m’être posé de sérieuses questions à certains moments. A d’autres endroits nous nous faufilons dans des fentes de guère plus de 50cm de large, autrement dit mieux vaut ne pas être claustrophobe. Le tout dans un bain de poussière et un manque d’air constant.

Pause avec les mineurs

Pause avec les mineurs

Nous passerons 2 heures à aller et venir dans le labyrinthe des passages, pour terminer notre visite avec un groupe de mineurs dans un coin reculé de la mine. Pause de midi – nous leur offrons nos cadeaux et en profitons pour discuter. Ils ont tous leur boule de feuilles de coca dans la bouche (un bon 5-7cm de diamètre) qui leur permet de tenir toute la journée sans manger (pas de toilettes dans les mines). Les traits sont usés par le labeur et les dures conditions, chaque geste et parole est économisé. Et nous faisons la connaissance de la dernière recrue de l’équipe, un garçon de 12 ans… C’est dur, surtout après ce que nous avons vu des conditions de travail et de vie. Nous pauvres âmes peinons à supporter 2 heures dans cet enfer, quand les mineurs attaquent la journée à 4-5h du matin pour ne ressortir que 10-12h plus tard, tous les jours de la semaine. Alors que notre espérance de vie va au-delà de 70 ans, la leur ne dépasse pas les 50 et s’arrête souvent début quarantaine du fait des maladies des poumons dues aux gaz et poussières qu’ils ingèrent quotidiennement. Gagnent-ils vraiment mieux leur vie? Pas évident de la savoir, les versions varient selon les guides. La chance y est tout de même pour beaucoup pour dégotter un filon d’argent qui peut rapporter beaucoup mais n’est en rien garanti.

La lumière du jour!

La lumière du jour!

Nous sortons finalement 2 heures plus tard, content de retrouver l’air libre et la lumière du soleil. Tout le monde est un peu secoué par ce qu’il vient de voir, soulagé tout de même mais morne à l’idée que 6 à 8,000 mineurs vivent cette réalité au quotidien, dans des conditions de travail d’une précarité affligeante. Tout y est manuel, les chariots sont poussés sur des morceaux de bois faisant office de rails, pas de lumière, un pauvre tuyau qui crache de l’air comprimé, des passages et descentes balisés par des planches de bois enfilées tant bien que mal. Et aucune protection contre la poussière ambiante, qui aura raison de la vie de chacun de ces mineurs mis à part quelques exceptions comme notre guide qui après 7 ans a réussit à en sortir. Il nous parle d’ailleurs des conditions et de l’espérance de vie des mineurs avec beaucoup d’émotion dans la voix, comme d’un destin truqué à l’avance.

Miniers de la "Negra"

Miniers de la "Negra"

Pour conclure cette visite forte en émotion, nous avons droit à une explosion de dynamite en règle dans la carrière avoisinante (à l’air libre heureusement). Ca claque fort. Et nous voila repartit dans notre petite vie confortable, nous oublions peu à peu ce que nous venons de voir pour nous projeter dans ce qui nous attend, un dîner en bonne compagnie, une soirée tranquille en ville, une autre destination. Malgré tout ce que nous avons put vivre et ressentir lors de cette visite, il semble que notre carapace soit impossible à percer au-delà de quelques millimètres, notre insensibilité s’assure que notre petite réalité n’est pas perturbée plus de quelques instants. Moi le premier.

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