Viva Bolivia!

Vue du salar d'Uyuni

Vue du salar d'Uyuni

Me voici donc en route pour le sud de l’Argentine et la Patagonie, en compagnie de mes parents pour encore quelques jours. Les yeux afutés se demandent probablement pourquoi ce post est cependant tagé « Bolivie ». La raison en est simple, je n’en ai pas encore finit avec ce pays. Je tiens avec ce poste à lui rendre un dernier hommage qui je l’espère sera à la hauteur du plaisir, de l’émerveillement, du bonheur qu’il aura sut me procurer.

Elmer la terreur!

Elmer la terreur!

J’y aurais passé deux mois, le premier à visiter l’altiplano (la plaine des Andes qui s’étire sur quasiment tout le pays du nord au sud à une altitude de 3,500-4,000m), le lac Titikaka, la jungle au nord et le désert de sel au sud. Le deuxième à Sucre dans le centre du pays afin de faire du volontariat avec les enfants et de m’imprégner complètement de la culture, des gens, ambiances et autres charmes locaux. Les premières semaines ont dérangé, la pauvreté évidente et le chaos ambiant ont bousculé mes petites habitudes et confort. Le reste du temps, la perception s’est renversée et je me suis régalé de tous ces petits moments qui viennent chercher et ouvrent le cœur. J’en profite pour tirer un gros coup de gueule à tous ces voyageurs qui ont apparemment été incapables de comprendre et d’apprécier ce magnifique pays et ses gens, et qui n’ont de cesse de critiquer l’accueil, la sécurité et le pays en général. Malheureux ceux qui ont traversé ses contrées sans arriver à les comprendre ni s’en imprégner.

Marché El Alto

Marché El Alto

De manière générale, c’est un beau bordel qui quelque part fonctionne. Ça bouge, c’est de l’imprévu à chaque coin de rue, ça surprend et ça émerveille. Un des côtés les plus sympas vient du fait que rien n’est vraiment fixé, tout est fonction des gens qu’on rencontre. Quoi qu’on essaie de faire, que ce soit acheter une bouteille d’eau, prendre une chambre dans l’auberge du coin ou réserver un tour, tout se discute, se négocie, c’est un échange perpétuel avec les locaux. Et peu importe l’issue, le contact est permanent, par sa présence… comme son absence. Spécialité locale, on pose une question et si la personne n’a pas envie de répondre, elle tourne la tête et passe à autre chose – on fait tout à coup partie du paysage. Après l’irritation initiale, on se prend au jeu et on en rigole. De même dans certains cas ou on est vraiment pris pour le dernier des « gringos », ben ça a son charme et on prend ça finalement avec le sourire. Bref des gens authentiques et vrais – les roublards ne se cachent pas, les bourrus s’en donnent à cœur joie, et les autres sont qui ils sont. Et quand ils s’ouvrent, ils se donnent complètement et c’est un vrai régal. Quant aux enfants qui courent partout, les sourires et la curiosité ne tarissent pas et attendrissent. Moment magique lors de la randonnées de Maragua près de Sucre quand les enfants nous observent par les trous de portes et nous lancent des sourires à la dérobé, apparemment peu habitués à voir des blancs. Et les habits traditionnels se suivent et ne se ressemblent pas, un festival perpétuel de couleurs et de formes.

Un véhicule amphibie...

Un véhicule amphibie...

Les transports sont à eux seuls tout un roman, l’asphalte ne faisant pas partie de la culture (ou tout au moins des routes), c’est donc « tape-cul » à souhait et souvent une bonne dose de poussière dans des voitures ou bus datant d’une autre époque. Ne parlons pas de la vitesse moyenne, qui doit rarement dépasser les 50km. En ville, c’est la zizanie des micros, petites camionnettes qui se tirent la bourre pour aller chercher le maximum de clients, qui s’entassent à l’intérieur à casser des records Guiness. On pourrait d’ailleurs penser que la Bolivie est l’endroit rêvé pour les constructeurs automobiles, tant pour les publicités qui voient toute une file de gens sortir d’une minuscule 2 portes que pour les tests d’endurance en terrain difficile. Nous monterons ainsi dans un petit taxi Toyota à 12 personnes plus le conducteur! Autant dire que l’ensemble de l’espace est optimisé du coffre au siège passager. A l’extérieur, c’est la course pour la vie particulièrement en ville ou être piéton est une aventure en soi. Mais dans la mesure ou on ne s’attend pas à ce que les gens s’arrêtent pour laisser passer les deux jambes, aucun soucis!

Cratère de Maragua

Cratère de Maragua

Les constructions y sont pour la plupart faites de terre séchée et morceaux de tôle tenant ensemble par quelque pierres posées sur la structure. On y trouve rarement de dernier étage, le tout étant laissé en plan avec les piliers et morceaux de ferrailles qui dépassent pour le cas ou on voudrait rajouter un étage supplémentaire par la suite. Les maisons s’amoncellent généralement un peu partout et épousent la forme du terrain souvent montagneux dans un enchevêtrement qui laisse rêveur sur leur équilibre (souvent précaire). Mais sans trop savoir comment, le tout fonctionne. Quant à la décoration intérieure, ils ont une passion pour la couleur « originale », les lampes d’hôpital et le style « épuré ».

Le marché aux fruits de Sucre

Le marché aux fruits de Sucre

Côté culinaire quelques belles surprises, noyées dans une avalanche de riz et de pâtes. Les marchés locaux avec des allées entières d’étalages de viande en tous genres, avec une odeur qui retourne le cœur à 8h du matin. On dit que la chaine du froid n’est pas respectée dans ces pays, ce qui quelque part est faux puisqu’elle n’existe tout simplement pas. La viande reste à l’air nu du matin au soir et ça n’a pas l’air de déranger plus que ça. Dans un coin, on trouve toujours les stands de fruits, véritable merveille dont on ne se lasse pas. On y va, commande son jus ou sa salade, et les grosses madames font tout ça sous nos yeux pour moins de $1. Bref une superbe manière de commencer la journée, je ferai pour la première fois des overdoses de fruits, et quel goût!

Isla del Sol

Isla del Sol

Quant aux paysages, je laisserai les photos vous en parler. C’est spectaculaire, ça n’en finit pas de changer et en général le tout reste vierge et préservé. Le grand coup de cœur côté beauté naturelle est définitivement le désert de sel de Uyuni qui est une vraie merveille à tel point que je le visiterai deux fois, une fois sec et l’autre avec un bon 20cm d’eau. Côté civilisation, La Paz est définitivement une ville surprenante, d’une énergie et une vitesse qui dépassent l’entendement.

Salar de Uyuni

Salar de Uyuni

En bref, j’aurai passé 2 mois absolument hors du commun, tantôt comme touriste, tantôt comme locataire. Entre les paysages, les rencontres et le travail avec les enfants, j’irai de surprise en émerveillement, avec au final un petit goût de trop peu mais quand même. Un dépaysement à la hauteur de mes attentes au moment de décider de faire ce voyage – ça dérange, bouscule, absolument génial. Un pays radicalement authentique aux charmes nombreux!

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Maragua – 2010 en grandes pompes

En route pour Maragua

En route pour Maragua

Après la rudesse de la mine, temps pour un peu de grand air. J’arrive le soir même à Sucre, qui se partage avec La Paz le titre de capitale (histoire compliquée à souhait – à venir dans un autre post). Nous sommes le 29 décembre, j’ai donc 2 jours pour me faire des amis avant le réveillon! Je me trouve une chambre en dortoir et commence l’exploration d’une ville qui dénote complètement avec ce que j’ai put voir de la Bolivie ces dernières semaines. Tout y est soigné, de magnifiques bâtiments de style colonial bordent des rues pavées et de belles places. On voit des voitures neuves dans les rues (la plupart du temps ce sont des véhicules d’occasion importés pour terminer leur vie en Bolivie), l’habillement est très moderne et plutôt occidental, même si on retrouve toujours les indigènes et leurs habits traditionnels (un régal de couleurs). On sent que le niveau de vie est nettement supérieur au reste du pays – un sacré contraste après La Paz et Potosi notamment. Je compte rester 3-4 semaines à Sucre pour faire du bénévolat et pratiquer mon espagnol – j’aurai donc l’occasion de vous parler de la ville dans une prochaine édition.

Claire & Wilfried

Claire & Wilfried

Le lendemain, je tombe par hasard sur Wilfried et Claire, deux grenoblois rencontrés lors de la visite de la mine. Nous voila donc en train de dîner la veille du réveillon, ils m’annoncent alors qu’ils se mettent en route le lendemain matin pour 3 jours de bivouac dans la cordillère de « Los Frailes » et me proposent de me joindre à eux. L’idée de passer un réveillon en pleine nature me plait et mon couple de Français est fort sympathique, c’est donc entendu nous passerons ensemble dans la nouvelle décennie.

Notre carosse

Notre carosse

Après quelques courses de première nécessité (saucisson, vin rouge, etc – je sais Val pas de cornichons, vraiment la misère), nous voilà donc en route pour le terminal des camions. De là et sous les yeux ahurits des locaux, nous embarquons dans… une bétaillère, moyen de locomotion de choix pour rejoindre les villages un peu reculés de la région. Nous nous entassons donc dans cette magnifique remorque décapotable avec vue imprenable sur les paysages environnants (on oublie vite l’idée de s’assoir vu le monde). Les visages sont brûlés par le soleil, les habits typiques et colorés, on transporte ce qui n’a pas été vendu le matin au marché, fleurs, légumes. Nous sommes en pleine Bolivie, un régal. Oups, petit accident du chien d’à côté, l’espace habitable vient de réduire de moitié. Un avion passe dans le ciel, je fais signe aux gamins à côté en le leur montrant du doigt, ils me regardent comme si j’étais un pignouf complètement ignorant. Ça secoue à mesure qu’on progresse dans la montagne sur une route de terre fatiguée. Après une heure de route nous arrivons finalement à Chataquila, littéralement une maison au milieu de nulle part, également point de départ d’un ancien chemin Inca qui marque le début de notre randonnée. Grand soleil et vue dégagée, le paysage est superbe et nous nous mettons gaiement en route.

Cratère de Maragua

Cratère de Maragua

Claire et Wilfried carburent et après un moment m’annoncent qu’ils se font des courses d’orientation de 40-50km les week-ends sans compter leurs 2 heures de sport quotidiennes, ça promet… Tout à fait d’accord, scandaleux de n’apprendre ça qu’une fois en route, c’est le genre de détail qu’on veut avoir AVANT de prendre sa décision. Mais bon ils font quand même des pauses de temps en temps, j’ai donc bon espoir de survivre. Pause de midi largement méritée et nous voila repartis pour rejoindre notre premier campement et un point de vue supposément spectaculaire, le cratère de Maragua. L’ascension se fait dans un paysage montagneux de strates, les teintes de rouges semblent infinies et contrastent avec le vert de la végétation, nous gagnons en altitude et n’en finissons pas de nous imprégner du paysage. J’ai beau vérifier régulièrement avec Claire et Wilfried, je suis bien le seul à souffrir des jambes – bizarre. Le soleil tape et nous transpirons à grosses gouttes. Nous arrivons finalement sur l’un des flans du volcan et découvrons le cratère tant attendu. Et nous ne sommes pas déçus, les parois sont striées en couches, en formes arrondies comme pour raconter l’histoire de leur création. Les couleurs pleuvent, la lumière est mythique, c’est tout simplement un délice. Au centre du cratère se trouve le village ou nous décidons de passer la nuit.

Réveillon à la bougie au fin fond de la Bolivie - ca vous dit?!

Réveillon à la bougie au fin fond de la Bolivie - ca vous dit?!

On pensait installer la tente mais nous laissons finalement tenter par l’auberge locale qui propose des cabanes avec repas. OK, pas très aventurier tout ça – mais on parle quand même du réveillon, faut commencer l’année du bon pied (du bon lit également!). Après un apéritif digne de ce nom (saucisson, pringles et vin rouge), nous festoyons d’une montagne de riz recouverte de deux œufs au plat et finissons le tout sur une note sucrée de mangue. Compte tenu de la fatigue de la journée (je leur ai finalement mis des pierres dans les sacs histoire qu’ils sentent un peu leurs jambes), nous prenons la sage décision de fêter le nouvel an à l’heure européenne et nous éteignons les lumières à 10h. Après un petit déjeuner non-identifié, nous nous remettons en route le lendemain matin et traversons le cratère qui n’en finit pas de nous émerveiller. A mesure que nous avançons nous croisons des petits villages et ne manquons pas de nous arrêter pour rencontrer les quelques habitants et tailler une bavette rapide. Les gens ne sont pas habitués à voir des étrangers et on sent beaucoup de curiosité dans les échanges. Les enfants nous regardent de derrière le mûr et nous crient quelques mots à l’arrachée en guise de bonjour, timides et intrigués par ces « gringos » chargés d’un gros sac qui marchent dans leurs contrées. Claire monte nombre de stratégies pour prendre les locaux en photos sans se faire voir, ces derniers n’appréciant pas d’être pris en photo (supposément effrayés que nous ne les vendions par la suite). Et elle va réussir après maints efforts!

Wilfried à l'oeuvre

Wilfried à l'oeuvre

Notre ami Wilfried quant à lui s’en donne à cœur joie avec la pauvre carte du Lonely Planet (pas sur que la dénomination « carte » soit méritée en l’occurrence) et son GPS pour arriver à débusquer les chemins. Plus facile à dire qu’à faire mais il se débrouille comme un chef. OK, on s’est descendu un 700m de dénivelé en ligne droite mais à part ça c’est un sans faute ;) . Après une bonne journée de marche et un arrêt en chemin au village de Purunkilla ou nous faisons connaissance avec les enfants locaux (tout de même à distance – ils restent très timides), nous rejoignons finalement notre campement de la nuit et posons la tente dans un confortable bras de rivière asséché, mes deux compères ayant pitié pour mon dos (apprenti campeur, je n’ai pas de tapis de sol).

Bains de Talula

Bains de Talula

Nous découvrons les bains thermaux de Talula non loin de là, détruits suite à un éboulement. Cela n’empêche pas l’eau volcanique de s’échapper par des brèches dans le flan de la montagne à plus 40 degrés, et la tentation est trop forte, nous finissons donc en maillot de bain dans ces eaux délicieusement chaudes, au milieu d’un paysage grandiose et un soleil couchant. La nouvelle année commence donc sous le signe de la détente et du bien-être ;) . Après un festin de pâtes à la crème (la cuisinière s’est surpassée), une séance d’observation des étoiles (pas put trouver la grande ourse…), nous voici donc au lit comme les poules à 9h.

Claire & Wilfried, RDV à Grenoble en Juin!

Claire & Wilfried, RDV à Grenoble en Juin!

Le lendemain sera plutôt tranquille avec une marche matinale de 2h (je sais, même pas de quoi s’échauffer) pour rejoindre le village de Quila Quila d’où nous comptons retrouver notre bétaillère nationale. En attendant son arrivée, nous nous faisons une orgie en règle de petits gâteaux (seule denrée alimentaire de choix dans ce coin reculé). Claire est toujours en quête de portraits et en profite pour capturer quelques clichés supplémentaires, mon appareil quant à lui rend l’âme probablement des suites de la visite de la mine à Potosi. Nous prenons finalement le chemin du retour – 3h en bétaillère décapotable, des images plein la tête et la sensation d’avoir rencontré la Bolivie dans toute son authenticité, ses paysages sauvages, ses villages reculés, ses habitants et leur mode de vie encore très traditionnel. Un vrai plaisir en très bonne compagnie – 2010 promet!

Cratère de Maragua

Cratère de Maragua

J’en profite pour souhaiter à tous plein de bonnes choses pour cette nouvelle année. Que ses mois soient parsemés d’aventures en tous genres, sans compter bien sur une santé de fer et une réussite intarissable tant sur le plan personnel que professionnel. En bref, bonne année!! :)

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