J’arrive sans encombre à Cuzco, ville plantée au milieu de la cordillère des Andes à 3,500m – autant dire que la dose d’oxygène est sérieusement réduite (de 35% selon Doc. Meyer). La petite vitesse est donc recommandée, surtout dans les montées! Ancienne capitale des Incas considérée par ces derniers comme le centre du monde (un de plus!), la ville est conquise au 16e siècle par les conquistadors qui la transformeront rapidement en centre colonial, érigeant notamment des églises catholiques sur les fondations des temples afin de convertir les locaux (rien que 8 églises autour de la place principale…).
L’endroit est absolument mythique, au milieu des montagnes et sommets allant jusqu’à 6,000m+, et point de départ de la route Inca (menant à Machu Picchu) et de la vallée sacrée. Malgré un tourisme exacerbé, l’ambiance comme l’architecture restent typiques et on s’y sent bien – c’est grand sans l’être trop, et c’est un plaisir de chaque instant pour les yeux avec des paysages changeant en permanence et une lumière incroyable! Un temps 4-saisons garanti… Je vous laisserai admirer les photos, elles parlent d’elle-même (voir l’album).
Je retrouve donc François et Kiri le vendredi matin – très fun de voir des têtes familières après avoir fait le sauvage pendant plus d’un mois (François de s’exclamer « le Viking! » en me voyant). Après deux jours d’acclimatation à l’altitude, nous attaquons finalement la fameuse route des Incas le dimanche matin, que nous marcherons du KM 82 jusqu’à Machu Picchu, 42km et 4 jours plus loin. Là débute une aventure qui restera probablement l’une des plus mythiques (et fatiguantes!) qu’il me sera jamais donné de vivre.
Nous sommes un groupe de 14, encadré par 2 guides locaux et … 20 porteurs! Oui parce que ce n’est pas tout, mais ça prend du matériel tout ça – d’autant que nous sommes en route pour 4 jours! Le groupe comprend essentiellement des canadiens, 2 australiens, et une personne… hum… universelle de par son énergie. On la surnommera « la sorcière » pour des fins de simplicité…
Le premier jour – tranquille. Les paysages sont superbes, le chemin composé principalement de « Andean flat », ca monte et ça descend en douceur (logique!), et une distance somme toute raisonnable. Le soir tout le monde est très enthousiaste, ca va être génial! Bon on nous a bien dit que le deuxième jour est le plus dur, mais vu que le premier était vraiment relax, ca ne peut pas être si terrible… Lendemain matin, pleins d’énergie, nous nous mettons en route à 6h30 – avec devant nous quelques 1200m de montée, 600m de descente, le tout sur une distance de 10km. Gros moral, tout le monde est content.
Et on découvre finalement la passion des Incas pour… les escaliers! D’ailleurs on dit toujours qu’ils étaient petits, mais je remets sérieusement en question cette théorie après avoir ESCALADE des marches de parfois 40-50cm! Bref, on monte, on monte, on monte… et on monte! Ca n’en finit plus, on se dit que le « Andean flat » ne doit pas être si loin, mais que dalle, ca continue. Là, petite pensée pour les mecs qui se sont tapés la construction des chemins, braves types mais un peu bourreaux quand même. On va passer d’un paysage de plaines à la forêt de pluie (rain forest), pour terminer l’ascension dans un paysage épuré et plus désertique… à 4,200m! Kiri en tombera littéralement d’émotion (et de fatigue aussi) au sommet. Magnifique… et crevant. Pour les petits malins qui se disent que la vue doit être incroyable en haut d’un sommet de 4,200m, too bad, rien que du brouillard…
Il est tout juste 11h du matin, ca fait un peu plus de 4h que nous marchons, et l’impression que le jour tire déjà à sa fin… Petite pause, plus qu’une heure avant de rejoindre le campement, et cet espoir naïf que le supplice est derrière nous… OK plus qu’une heure à faire, mais faut compter un bon 600m de dénivelé, autant dire que c’est raide… Bref, ca va achever de nous achever, arrivée sur les rotules avec le sourire quand même de s’être fait ramasser par ces chers Incas quelques 500 ans plus tard. Grosse journée, mais quel plaisir! J’en profite pour attraper la crève, que je trainerai laborieusement jusqu’à la fin du treck malgré de grosses rations d’Aspegic.
Le troisième jour est plus relax mais nous allons quand même marcher un bon 7h dont une bonne partie dans la rain forest, superbe pour sa végétation envahissante et ses nombreuses fleurs dont de superbes orchidées. Nous prenons également le temps de visiter quelques sites Incas impressionnants ponctués des explications de notre guide Socrate (prédestiné). Fait intéressant, nous avons très peu de connaissance de la civilisation Incas au-delà des sites archéologiques. Peu de documentation permet de retracer l’histoire et le quotidien des Incas, qui n’utilisaient que certains symboles pour toute forme de communication écrite, le reste étant probablement de la transmission orale. Donc on commence par une explication, on pense qu’on a bien comprit qu’il s’agissait d’un temple dédié au soleil… jusqu’à ce que notre guide nous rassure que ce n’est qu’une hypothèse, l’autre étant qu’il s’agit d’un lieu pour entreposer le grain, et ainsi de suite… en gros, on n’en sait rien! OK j’exagère, mais beaucoup de choses restent encore mystérieuses sur la manière dont ils vivaient, leurs rites, la vocation de certains lieux et bâtiments… fascinant. Quand on demande comment ils ont fait pour ériger des cités entières à cette altitude, en pleine jungle et avec des pierres de cette taille, on nous répond qu’ils avaient de très bons architectes… patate!
Les sites en tant que tels sont généralement composés de magnifiques terrasses permettant de cultiver la terre pour la cité, surplombées par les habitations et finalement les temples dédiés aux différents dieux vénérés par les Incas (tantôt le soleil, la lune, la terre, etc.). Inutile de préciser que le tout se trouve dans la plupart des cas à flanc de montagne avec des dénivelés impressionnants. Autant dire que la construction des sites ne devait pas être de tout repos – et chose certaine, les Incas ne connaissaient pas le vertige! Et toujours dans des lieux très stratégiques, à l’intersection de vallées avec de très belles perspectives
La fin du troisième jour sera probablement la partie la plus spectaculaire. Nous arrivons vers 14h a Phuyupatamarka (je sais, impossible à prononcer…) après avoir passé le reste de la journée dans les nuages sans aucune visibilité. Nous voici donc au sommet (à quand même 3,500m) quand quelques rayons de soleil réussissent à filtrer et révèlent soudain des petits bouts de la vallée. Les nuages vont vite et il est difficile de garder de la visibilité à un endroit plus de quelques secondes, c’est donc des grands WOWWW, OHHHHH, qui se suivent à mesure que nous voyons la vallée se découvrir et disparaître à nouveau. Finalement le paysage va se dégager, grand sentiment de satisfaction après tant de fatigue… et de MARCHES, c’est un vrai régal, totalement magique. Nous voyons au loin la montagne abritant dans son flanc opposé le Machu Picchu, cool!
Une heure de marche plus loin, nous voici arrivé au dernier site avant l’arrivée au campement, probablement l’un des plus impressionnants de ces 3 jours avec un point de vue absolument grandiose et sous un soleil rare ces derniers jours. Toute la vallée s’offre à nous, superbe dernier avant-goût avant l’approche finale du Machu Picchu prévue pour le lendemain.
Et nous voici donc arrivés à la raison qui nous a valut tant d’efforts, cette fameuse cité perdue du Machu Picchu. Située à 2,500m, à l’intersection de plusieurs vallées et entourée de montagnes, le Machu Picchu est censé avoir abrité toute la noblesse du temps des Incas. Connu de peu de gens même au temps de son apogée, il fut abandonnée sans qu’on sache trop pourquoi, probablement autour du 16e siècle avec l’arrivée des espagnols. Différentes théories parlent d’une épidémie, de la fuite face aux conquistadors, etc, mais rien de très concret (surprise!). On ne sait pas vraiment combien de temps cela a pris à construire, mais probablement au moins une couple d’années vu la taille! Comme dirait Kiri, quelle fut la première pierre? Bref la cité fut oubliée jusqu’à sa redécouverte en 1911 par l’aventurier américain Hiram Bingham, alors à la recherche du trésor perdu des Incas.
Nous voici donc arrivés au matin du 4e et dernier jour de notre aventure, salivant de voir le fameux site après tant de marches, de paysages plus magnifiques les uns que les autres, et des sites archéologiques qui vont crescendo en terme de beauté. Réveil – difficile – à 3.45h du matin. 1h plus tard, nous attendons sagement en ligne l’ouverture du chemin, les yeux encore croutés, les jambes déjà fatiguée mais tout de même excités par ce qui nous attend (si ce maudit brouillard veut bien disparaître!). La porte est ouverte, l’allure va bon train… pendant 15mn, après quoi on réalise qu’on en a encore pour 2 heures, donc autant prendre son temps. Bien sur notre star nationale François, marathonien tout frais, va quant à lui tenir le pas de course jusqu’à la porte du soleil qui surplombe le Machu Picchu – il sera impossible à fatiguer l’animal! Après une ascension douloureuse quand même, nous arriverons, à notre tour, à la porte du soleil pour découvrir… du brouillard!
On attend 30mn mais rien n’y fait. Nous décidons donc de nous remettre en route et ce n’est qu’à mi-chemin que nous verrons le site apparaître dans une brume mouvante – un vrai délice. Pour le reste, les photos valent mille mots (voir l’album). Le site est hors du commun, de toute beauté, grandiose, indescriptible… et les paysages laissent rêveur. Pas à dire, nos amis avaient vraiment du goût pour les grands espaces et la nature! Nous arrivons sur le site, petite visite guidée pendant 1 heure, après quoi notre fou national François décide de se taper l’ascension du Wayna Picchu, quelques centaines de marche de plus à la verticale (forcèment!), pendant que Kiri et moi nous trouvons un petit spot tranquille dans ce décor mythique histoires de… piquer un petit roupillon (crevant ces visites!).
Et voila, nous avons eu la chance de toucher du doigt cette civilisation mythique que sont les Incas, oui avec le Machu Picchu, mais également au cours des derniers jours en s’imprégnant de la magie des endroits, des paysages… et en marchant TOUTES leurs !@#$% de marches
. Un grand bonheur que je m’évertue encore à essayer d’absorber tant c’était grandiose et puissant.
Une fois la visite terminée, nous voici donc repartis vers la gare, croisant ces bus remplis d’indignes touristes ayant préféré 3 heures de train à 3 jours de marche (je comprends toujours pas!). Dans le train, rien à signaler si ce n’est que la locomotive s’arrête alors que nous attaquons une montée, et nous finissons pas faire marche arrière jusqu’à la dernière gare traversée pour… changer de locomotive – logique. Arrivée à l’hôtel à 22h, complètement achevés et rampant péniblement jusqu’à la couette… bien sur excepté François qui ne tient pas en place et veut sortir… on lui mettra des pierres dans le sac à celui là la prochaine fois!!
Le lendemain, nous ne faisons absolument rien, et c’est jouissif (bien sur, je ne parle pas de François qui s’est mis sur une moto histoire de faire le tour de la campagne!). Le vendredi, dernier jour tous ensemble, nous louons une camionnette et faisons le tour des sites de la vallée sacrée que nous n’avons pas vu, une vraie merveille avec un temps superbe. Voir l’album
Voila pour la petite visite chez les Incas, quelques petits moments sympas quand même!
François est rentré à Montréal en fin de semaine, et Kiri pour Lima d’où il reprend l’avion mercredi. De mon côté, je change mes plans et vais faire un tour du côté de Arequipa proche de la côte avant de m’attaquer à la Bolivie. Je compte rendre une petite visite aux condors locaux, et faire trempette quelques jours histoire de reprendre des forces (quand même fatiguant tout ça!). A suivre…


























