Vue du bateau

Vue du bateau

Navimag. Le nom de notre palace flottant qui va nous permettre de rejoindre Puerto Montt à partir de Puerto Natales. 3 jours de traversée au total dans les vertigineux fjords de la Patagonie du sud, pour la plupart totalement déserts. Nous embarquons le soir, suivi de peu par un véritable troupeau de vaches entassées dans des camions. Triste vision de ce que nous faisons de ces chers animaux, ok pas très doués à la base, mais tout de même.

J’arrive dans ma cabine et découvre mes 3 compagnons des prochains jours, vois la taille de la cabine, lilipucienne en soi, et de m’exclamer que pas très grand, mais franchement pour tout juste $150, on peut pas vraiment en demander plus (le prix régulier est de $330). Là mes chers amis me regardent des poignards dans les yeux, la collocation débute. OK j’ai payé le même prix que tout le monde, mais juste de voir leur tête était exceptionnel. Je rencontre également Raphaël et Delphine, deux amis suisssses que j’avais déjà croisé lors de ma traversée héroïque du Torres del Paine. Rapidement l’ambiance se met en place, les 4 prochains jours promettent. Réunion du soir histoire de savoir ou on va et nous prenons chacun nos quartiers respectifs. Le bateau est bien fait, une grande salle réfectoire, un bar en haut et une terrasse extérieure histoire de prendre l’air (la pluie et le vent aussi).

Navimag, le bateau

Navimag, le bateau

Le lendemain, nous découvrons un paysage absolument splendide, les fjords s’étendent à perte de vue, les loups de mer nous font de grands signes et les dauphins (oui Delphine, des dauphins!) s’en donnent à coeur joie sur les flancs du bateau. L’équipage a à coeur de rendre la traversée agréable et entre les blagues vaseuses de notre « animateur », nous avons la chance de voir quelques films ce qui change un peu la routine. Pour le reste, contemplation du paysage aux côtés de la cabine de pilotage, un peu de guitare pour faire bonne mesure, bonnes rigolades version suisse à coup de simplet et de guyerrrrrrre (yep, j’attends ma fondue!).

Delphine, Raph et moi

Delphine, Raph et moi

Deuxième jour de traversée, nous prévoyons de faire un arrêt d’une heure à Puerto Eden, littéralement le seul village (si on peut même appeler ça un village) sur toute la longueur de notre voyage (+ de 2,000km). Un peu dans le même style que Tortel, un succession de maisons plantées à fleur de montagne et bordant le fjord, relié uniquement par de sympathiques passerelles de bois. La veille pendant la présentation rapide de l’excursion, mon sang ne fait qu’un tour et je décide d’aller y passer une semaine, jusqu’au passage du prochain bateau (inutile de préciser que la route n’existe pas et que seul les bateaux de Navimag assurent le ravitaillement et le transit des voyageurs). Bref je vais voir le capitaine en second qui finalement m’annonce que ce ne sera pas possible car les autorités m’attendent à Puerto Montt (un paranos les mecs parfois…). Mes rêves d’aventure sauvage tombent à l’eau, je n’aurais pas le plaisir d’annoncer à mon Charles national que je me suis fait 1 semaine en hermite dans un trou paumé de la Patagonie qui ressemble à Tortel… Je me rattrape tout de même pendant la visite en accostant un pêcheur sur un passerelle, qui nous vendra gentiment un bon kilo de crabe, et la même chose de coquilles St Jacques. Arrivée sur le bateau, notre cuistot national avec qui nous avons sympathisé nous propose de nous faire le crabe le lendemain soir – c’est pas de la fondue mais quand même top!

Fjords à perte de vue

Fjords à perte de vue

La traversée se poursuivra tranquillement avec mes deux compères, mélange de rigolade, contemplation du paysage (on s’en lassera pas une seule seconde), lecture et autres occupations tranquilles. Beaucoup de gens m’avaient dit que le trajet serait long surtout sur la fin, mais finalement ça se fait tout seul. Après réflexion, ce sera probablement mon contact le plus fabuleux avec la nature, sauvage et complètement vierge. Rien que de penser qu’aucun être humain n’a jamais posé le pied sur la plupart des îles et montagnes alentours donne le vertige. Avant dernière nuit, nous passerons en mer ouverte, Delphine en fait des cauchemars, on nous annonce des vagues entre 2 et 10 mètres (selon les jours on s’entend), finalement la traversée sera relativement calme. Et cerise sur la bateau, l’une des vaches donnera naissance à un petit veau, baptisé Navimag compte tenu des circonstances. Hallucinant qu’on laisse monter une vache sur le point d’accoucher dans un bateau, pas forts les mecs…

Bac en direction de Chiloé

Bac en direction de Chiloé

Je pensais filer directement du côté de El Bolson pour aller passer quelques jours chez mes Julio et Anne-Hélène rencontrés en route sur la carretera austral mais me laisse finalement convaincre par Delphine et Raph de les suivre sur l’île de Chiloé pour conclure en beauté mon passage au Chili. Nous descendons du bateau et prenons directement la route pour notre prochaine destination. L’aventure continue!

Arrivée sur Castro

Arrivée sur Castro

3 heures de bus, et nous voici à Castro, capitale de notre petite île. Après une après-midi tranquille et un bon steak le soir, nous décidons le lendemain de prendre la route pour un petit point sur la carte. On sait pas trop ce qu’il y a à voir mais l’aventure nous transporte (surtout Delphine, qui nous bassine pour se taper des KM à pieds avec tout le barda!). Bref nous débarquons en milieu de journée dans le patelin de Cucao, le point identifié plus tôt sur la carte, demandons s’il y a une auberge au bord de la plage (imaginez, le pied), répondu par l’affirmative mais sans plus de précision. Donc avec tout notre matos nous voici qui terminons le chemin à pied. Rencontre de locaux, nous leur demandons à quand la prochaine auberge, réponse évasive qui a l’air de dire non, Raph et moi sommes motivés et promettons à Delphine qu’on rentre en voiture si jamais on trouve pas chaussure à notre pied. Bref au bout d’une bonne heure de marche, nous sommes toujours au bord de la route, la plage pas très loin, et toujours pas d’auberge. « OK Delphine, on va rentrer… mais c’est toi qui fait du stop! ». Jouant de tout son charme, elle va réussir à arrêter la première voiture qui nous ramènera au patelin local. De là nous prenons une chambre dans l’auberge et restaurant du village, un flamboyant bâtiment vert au bord de la route qui tient on ne sait trop comment, mais l’accueil et sympathique et l’odeur de poisson parfume toute la battisse. Vivement le souper! Temps de se reposer un petit coup, armé de bières et chips, nous nous mettons en quête d’une plage, un peu l’objectif de la chose quand même. De là apéritif en règle avant retour dans notre palace histoire de profiter des empanadas locales, belle surprise si on considère les attentes initiales (sous-terraines!). Un dernier coup de Clos (oui Charles, j’ai trinqué à ta santé t’inquiète) et nous voilà au lit.

La côte pacifique de l'île de Chiloé

La côte pacifique de l'île de Chiloé

Lendemain matin, nous décidons de tenter l’aventure et rejoindre la plage de Cole-Cole, supposémment magnifique et à « seulement » une vingtaine de KM. Provisions dans le sac, nous nous remettons en route – sur la même route – espérant rejoindre notre nouveau petit nid en début PM. Que dalle, on marche, ca commence à fatiguer sévère, quand la route devient la plage… Petit pause déjeuner et que voyons nous… un camion!! On fait du stop, il nous embarque, et nous permet de rejoindre le prochain hameau (on ne parle plus de village à ce stade). De là on nous annonce que la plage n’est plus « qu’à » deux heures de marche… y’a un truc qui fonctionne pas dans l’histoire… Mais bon pas grave on continue, traversons un bras de mer à s’en mouiller les chaussures (pour moi, mes deux amis suisses font preuve d’une patience légendaire en enlevant leurs chaussures et chaussettes – et ils garderont les pieds au sec!). Et finalement nous tombons sur ce qui ressemble de très prêt à… un auberge! Nous rencontrons à ce point ci Paulino, le président de la communauté indigène local, qui nous propose de rester dans le refuge flambant neuf, deux étages tout équipe pour nous tout seul et prix modique. On a bien pensé continuer jusqu’à la plage, mais ça a pas duré longtemps. Nous prenons donc possession des lieux et nous reposons de toutes ces émotions.

Le Paulino en action

Le Paulino en action

Les deux prochains jours seront un mélange de balade à cheval histoire de rejoindre la plage (avouez que ça a plus de charme – moins fatiguant c’est sur) et faire quelques galops (pour le plus grand plaisir de Delphine qui biche depuis son canasson), de chanson de Paulino à la guitare au coin du poêle, de rencontres francophone assez… stéréotypique (??) et de bons gueuletons (Raph s’en donne à coeur joie et nous régale). Vous ajoutez à cela le pain fait maison de la mère à Paulino, impossible à comprendre mais avec un merveilleux sourire (pas beaucoup de dents par contre). Bref un petit paradis pendant presque deux jours.

Sur le chemin du retour

Sur le chemin du retour

Dernier jour, temps de se remettre en route vers la civilisation, nous faisons donc route avec Paulino et ses étalons de 1.50m, avec les sacs sur le dos. Je vous raconte pas le passage des bras de mer, de quoi se flanquer à la flotte 10 fois. Mais pas d’accident. Il nous déposera au bout de la plage d’où nous pouvons attraper le bus qui nous ramène à Castro. Bien sur à peine déposer le pied à terre, le déluge nous tombe dessus, le timing est pas mauvais! Après une dernière soirée ensemble dans l’un des meilleurs restaurants de la ville (très belle surprise) histoire de fêter dignement notre quasi-3 semaines ensembles (je sais, ils sont courageux mes deux suisses!), nous prenons le bus du matin à 6h (on est le premier avril, mais c’est pas une blague!) en route pour Bariloce. Le Chili, c’est donc fini, mais qu’est ce que c’était BEAU!!!! Un pays plein d’authenticité, avec des paysages qui laissent rêveur et dépassent l’entendement… et me voilà qui dit au revoir à Delphine et Raph en se promettant de se retrouver très bientôt en Suisse pour partager ensemble la fameuse fondue. Ces derniers vont passer quelques jours à se balader dans le coin, de mon côté je rejoins enfin mes amis Julio et Anne-Hélène rencontrés au Chili pour passer quelques jours à leur chalet proche de El Bolson (3h de Bariloche). Et ça continue…!

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Patagonie argentine – ça déchire!

Le Fitz Roy

Le Fitz Roy

Nous voici donc arrivés en terre argentine, en route vers… UNE VILLE! Ça fait bien 10 jours qu’on a rien vu de tel, on serait presque excités. Et on découvre El Chalten… Finalement les petits villages et la brousse, c’était pas si mal! Seule activité locale, le tourisme, la rue principale est donc une longue succession d’auberges et restaurants en tous genres. Notable cela dit, une vue imprenable sur notre prochain objectif, le Fitz Roy, superbe montagne de granit escarpée culminant à plus de 3,000m. Je retrouve par hasard comme prévu Helen, mon australienne rencontrée dans la pension de famille de Sucre qui elle remonte le pays depuis Ushuaia avec deux amies. Rapidement les Chile Chico se mettent à fuser, les langues se délient et une bonne complicité s’installe dans le groupe. Auquel s’ajoutent deux américains qui ont également fait la route depuis Villa O’Higgins, Dylan et Laura. C’est décidé, nous partirons ensemble le lendemain pour 3 jours de randonnée et bivouac autour du Fitz Roy – ça promet (je déteste toujours le camping je vous rassure).

C'est partit!

C'est partit!

Lendemain matin, départ relax à 11h par un vent à décorner les bœufs, avec des rafales dépassant les 100km/h. Notre petit groupe (de 7 tout de même) se met donc en route avec beaucoup d’entrain. Nous monterons jusqu’au pied du Fitz Roy, ou nous comptons passer la première nuit. L’ascension se fait tranquillement, le soleil est au RDV et le vent se calme un peu pour nous laisser profiter du paysage qui s’offre à nous, BÔ! Du camping qui a vraiment des airs de Gaza, un chemin nous permet de rejoindre la base du Fitz Roy et le lac de glacier qu’il surplombe. On parle officiellement de 2km couvert selon le guide en 1.5h, ça monte sévère. Le Charles est pas très chaud pour monter maintenant, mieux de garder la vue pour le lever de soleil réputé superbe du fait de l’orientation de la montagne, mais capitule finalement devant l’enthousiasme du groupe d’attaquer la montée directement. Avec Dylan nous sommes devant et envoyons la purée – 45 minutes pour rejoindre le sommet. Le reste du groupe y va plus cool et nous rejoins 30 minutes plus tard. Et Charles de s’exclamer une fois en haut « putain je vous l’avais dit, fallait attendre demain matin! La lumière est vraiment pourrie!!! ». Pas content mon petit parisien, mais malgré la lumière (vraiment pourrie), il finit tout de même par regarder autour et profiter d’un paysage à couper le souffle. Nous sommes vraiment à la base du Fitz Roy, à 1,000m, et pouvons admirer les parois quasi-verticales jusqu’au sommet culminant à plus de 3,000m. Vraiment impressionnant! T’inquiètes Charles, on montera demain matin pour le lever de soleil, tu vas l’avoir ta lumière!

Le Fitz Roy au lever du soleil

Le Fitz Roy au lever du soleil

Descente en trombe, temps de nourrir nos chers estomac. Après quoi Charles va réussir à se perdre en chemin pour la vaisselle, faire trempette dans l’eau de glacier histoire de vérifier les propriétés du gore-tex. Extinction des feus. On tape à la tente, Helen nous annonce qu’elle va s’attaquer à la montée avec Laura. Il est 6h du mat. On se regarde avec Charles, pas moyen de mettre le nez dehors alors qu’on est bien au chaud dans la tente (tout est relatif, on est quand même toujours en camping, mais certain que dehors c’est pire). Finalement on s’en fout de la lumière. Yep… jusqu’à ce qu’on voit les photos des filles au petit déjeuner, on est dégoutés. J’admets à Charles qu’il avait finalement raison, la lumière de la veille était complètement pourrie comparée à celle du matin. On est verts…

Les filles dans le vent

Les filles dans le vent

Les deux prochains jours seront dans la lignée du premier, des paysages magnifiques, un vent qui alterne entre petite brise agréable et rafales dépassant les 100-120km/h. Notre petite équipe se porte bien et alterne autour du seul réchaud que nous nous partageons. Les histoires et blagues fusent en tous sens, la bonne humeur est de rigueur, le soleil nous accompagne en même temps que quelques condors planant dans la vallée. Retour le troisième jour à El Chalten pour une pizza locale bien méritée. Tout juste le temps de prendre une douche, boire un dernier verre de cidre, et notre équipe se sépare, nos Australiennes se mettant en route pour El Bolson au nord, le reste pour El Calafate, camp de base du très fameux glacier Perito Moreno. Trois heures de route et nous voilà arrivés à El Calafate, autre ville essentiellement touristique sans forcément beaucoup de charme. Après un bon sandwich tardif histoire de se remettre les idées en place, un avocat qu’on a sauvagement découpé avant qu’il atteigne sa maturité, nous voilà au lit.

Le fameux Perito Moreno

Le fameux Perito Moreno

Lendemain décollage tôt histoire d’admirer ce cher glacier Perito Moreno. Nous embarquons dans le taxi à 7.30h du mat et faisons tranquillement route vers notre prochain lieu d’ébahissement que nous rejoignons une heure plus tard. Sous les cris de vierge effarouchée de Laura (elle est très vocale), nous découvrons petit à petit le glacier se dessiner au bord du lac, il est ENORME. Large de plusieurs kilomètres, haut d’un bon 50-60m, il s’étend à perte de vue et se perd dans les montagnes qu’il borde. C’est impossible, complètement disproportionné, les teintes de bleu fusent devant nos yeux qui ont du mal à croire ce qu’ils voient. Nous resterons deux heures à observer ce monstre de glace en attendant que des pans se fracassent dans l’eau pour notre plus grand plaisir. Et nous aurons de la chance puisque deux morceaux de façades absolument énormes tomberont sous nos yeux ébahis dans un grondement de tonnerre – et les cris de Laura. Comme dirait Dylan, incroyable de pouvoir être témoin de la nature en transformation quand on sait que d’habitude les processus d’évolution de la terre prennent des milliers voire millions d’années. Le froid et le vent ont finalement raison de notre volonté, nous remettons le cap sur El Calafate pour une après-midi libre à jouer sur internet et relaxer.

Malgré mes rêves d’Asie du sud-est rapidement évaporés, je décide de suivre Laura et Dylan à Puerto Natales au Chili histoire de faire le fameux Torres del Paine, soi-disant la mecque du trekking en Amérique du sud. Charles quant à lui est déjà en route pour le sud et la terre de feu. A bientôt donc, de retour en terre chilienne cette fois-ci!

Note: many thanks to Helen, Shannon, Laura and Dylan for sharing their pictures as my cameras is out of order!

Charles et moi

Charles et moi

Carretera austral – l’aventure!

Sur la route de Cochrane

Sur la route de Cochrane

Me voilà donc sur la route pour la Patagonie, pays des fjords et glaciers, du froid et du mauvais temps. Deux possibilités, aller au sud par la fameuse route 40 en Argentine, ou bien tracer au Chili et descendre la carretera austral. Cette dernière m’a été décrite comme étant complètement paumée, avec un chemin forestier pour toute route et traversant des villages de pionniers supposés sans intérêt. Le tout arrosé d’une pluie abondante et incessante, avec des bus à fréquence aléatoire. Bref, on sait quand on part mais dur de dire quand et ou on arrive, ni dans quel état. Cette description alléchante finit de me convaincre, je vais prendre le chemin des écoliers, long tout de même de plus de 1,200km. L’aventure démarre donc de Futaleufu, petit village perdu dans les montagnes bordant la frontière chilienne – à une journée de voyage depuis Bariloche.

Du stop en musique

Du stop en musique

Descente du bus, je me renseigne pour savoir à quelle heure part le prochain bus pour le sud. Question mal posée, quel JOUR part le bus… 2 jours d’attente – ca commence bien! Jamais fait de stop, c’est le temps donc d’essayer. Les locaux me regardent bizarrement mais je ne me démonte pas pour autant. Je mets donc mon barda sur le dos et me voilà au bord de la route à attendre le prochain bon samaritain. Qui ne se fait pas attendre, j’attends 10 minutes et voit Manuel s’arrêter avec son pick-up. Il peut me descendre jusqu’à Santa Lucia à 120km au sud, c’est déjà ça de pris. Après une descente en mode « rally » au milieu des montagnes et lacs, la route est absolument magnifique, je découvre Villa Santa Lucia, paumée au fond de la vallée avec des maisons de brocs et un bon 300 habitants – ok, 250. Pas de problème, je me pose au bord de la route, il est midi et après mon premier succès de la journée, je me sens en veine. Mon pouce reste levé un bon 15mn, pas de voitures. Je me décide à m’asseoir. 45mn plus tard, toujours pas une voiture, je sors la guitare et Pink Floyd s’en donne à cœur joie. Au bout d’une heure, 1 voiture passe (WOW). Je me dis qu’elle est pour moi, je l’ai tout de même bien méritée. Ces ingrats ne vont même pas s’arrêter, plutôt ils vont me recouvrir d’une légère poussière ocre. Mais rien n’y fait, je suis motivé! Inutile de préciser que je suis en plein cagnard sans crème solaire (finie la veille), la faim me tenaille l’estomac. L’excitation du départ commence à faire place à une attente frustrante. On dit souvent que faire du stop est fonction de la bonne volonté des gens, ça fonctionne… quand il y a des voitures! Je rencontre Jolly Jumper, pauvre cheval errant sur la route, quelques vaches me regardent avec leur tronche brillante d’intelligence, et je me débat avec la horde de temps qui sont parait-il très populaires en Patagonie (et tenaces les salopiauds).

Villa Santa Lucia

Villa Santa Lucia

2 heures et demi… ras le bol je me dirige vers le magasin du village. Le prochain bus est le lendemain matin, probablement plus sur pour arriver quelque part. Je pose donc mes affaires, sors ma guitare et nous passerons avec le propriétaire du magasin et la horde de gamins du village le reste de la journée au bord de la route à compter les voitures (sur les doigts d’une main quand même), jouer de la guitare et vider des bières. Finalement toute une expérience et l’imprévu du voyage, les gens sont absolument adorables et nous partagerons un très bon moment. La mama me préparera un dîner digne de ce nom avec riz, saucisse et salade de tomates (papa, un vrai délice), et nous finirons la journée sur quelques accords de guitare et le sourire des enfants contents d’avoir de la compagnie. Après une bonne nuit de sommeil pour cuver les bières et me remettre de mes émotions, temps de remettre les voiles au sud. Objectif, rejoindre Coyhaique d’ici la fin de la journée (oui Charles, LE Coyhaique), point central de la carretera austral. Je reprend mon poste au bord de la route, cette fois rempli d’espoir par le bus. Une voiture arrive, à tout hasard je lève le pouce, et la voiture s’arrête! Je fais la connaissance de Julio (Argentin) et Anne-Hélène (Française) qui proposent de me descendre 100km au sud à Puyuhuapi, petit village de pêcheur. De là je me dis que je pourrais toujours attraper le bus pour descendre plus au sud, et en plus faire leur connaissance. J’embarque. Nous partons rapidement dans des discussions passionnantes et variées, ponctuées d’arrêts le long de la route histoire de faire quelques photos et profiter du paysage et du temps (toujours grand beau – est-on vraiment en Patagonie?!). Prochain arrêt, nous manquons de nous faire renverser par LE bus qui arrive à toute berzingue en sortie de virage. Oops, on oublie donc d’arriver à Coyhaique en fin de journée, va falloir réajuster les plans.

Anne-Hélène et Julio

Anne-Hélène et Julio

Nous arriverons finalement à Puyuhuapi pour un déjeuner tardif et poussons un peu après le village au restaurant des eaux thermales, petit coin de paradis fleurit au bord du lac. Vous prenez un superbe lac suisse entouré de montagnes, enlevez les touristes, les grands chalets au bord de l’eau, les bateaux et autres embarcations nautiques, et vous y êtes. Charmant! Après le déjeuner et une bonne dose de soleil, mes deux compagnons ne sont pas fatigués de moi (je sais, incroyable!) et me proposent d’aller voir le glacier voisin avec eux. Cool! Après une marche de 45mn, que nous essayerons de couvrir en 30mn – sans succès, nous pouvons finalement admirer mon premier glacier perché dans un col et source de maintes cascades. C’est un régal, beau, magnifique, les mots manquent. Temps de redescendre, Anne-Hélène décide de prendre les choses en main et nous courrons avec Julio derrière elle histoire de tenir le rythme – insoutenable! Ces derniers ont décidé de poser la tente au pied du glacier, il est temps pour moi de les remercier chaudement après une journée inattendue en excellente compagnie, récupérer mon barda et de faire le chemin vers Puyuhuapi histoire d’y passer la nuit. Il est 20h – j’ai 20km à couvrir en passant par l’autoroute locale (toujours autant de voiture, ça en donne le vertige). Le soleil se couche, je mets mes écouteurs et commence ma marche vers le village.

Mon premier glacier!! :)

Mon premier glacier!! :)

Le soleil couchant se découpe sur les montagnes, l’air est frais mais agréable, la musique parfaite, je suis heureux. Aucune idée de quand je vais croiser une voiture ni ou et quand je vais dormir, mais peu importe je me laisse emporter par la magie du moment. 45 minutes plus tard, toujours pas vu une voiture, mon barda pèse une tonne et le soleil a presque finit de se coucher (malgré mes espoirs que le soleil couchant ne se couche finalement pas complètement, beaucoup plus beau). Ma bonne humeur naïve vacille peu à peu, mais pas grave, je dormirai au bord de la route s’il le faut, j’en mourrait pas. Après réflexion, j’ai rien à manger, ça c’est moins cool. Finalement après une heure à errer sur la route et le dos en morceau – que vois-je… des phares de voiture! Je me pose sérieusement la question de ne pas l’arrêter et de profiter de la nature environnante pour passer la nuit et poursuivre l’aventure jusqu’au bout… mais à la réflexion… non, quand même pas exagérer tout de même! Je m’arme de mon sourire le plus charmant, la voiture s’arrête (sauvé!), et je réalise avec plaisir qu’il s’agit du gardien du parc du glacier qui me propose de passer la nuit chez lui. La nuit est tombée, on se les pèle grave, la proposition est donc acceptée avec plaisir (presque même du soulagement au grand dam de ma fierté d’aventurier). L’arrivée au village se fait une demi-heure plus tard (je vous raconte pas si j’avais dut me taper tout çà à pied, l’enfer…), je m’installe dans mes quartiers, quatre murs avec un matelas (un vrai paradis après la perspective de dormir au bord de la route… ok j’y ai pas vraiment crut pas, mais l’idée m’a quand même traversée l’esprit). Quelques tranches de salami jetées sur du pain, une bière, mon sac trempé (pas vu qu’il pataugeait dans l’eau pendant mon dîner de fortune au bord du lac), et me voilà au dodo après une journée ma foi assez surprenante et sympathique. OK j’ai pas beaucoup avancé au sud mais la rencontre de Julio et Anne-Hélène et nos interminables discussions furent un vrai régal – que nous comptons d’ailleurs poursuivre au bord du lac Puelo proche de Bariloche, ou ils habitent.

Ponton de Puyuhuapi

Ponton de Puyuhuapi

Je pensais partir directement pour Coyhaique (encore) mais décide finalement de passer une journée de plus avec le peu de pesos qu’il me reste (pas de banque bien entendu) et après un réveil tardif et un semblant de petit déjeuner, me voilà au bout du ponton à jouer de la guitare sur le lac, pour finir en beauté la journée avec un tour de kayak sur le lac sous un grand soleil (vraiment des histoires ce soi-disant mauvais temps en Patagonie…!). Lendemain matin, 7h, me voilà finalement dans le bus en route vers Coyhaique (si si, je vous assure!) que je rejoins vers midi après un voyage absolument magnifique alternant entre lacs et glaciers suspendus, une vraie merveille!

Sur la route de Cochrane

Sur la route de Cochrane

Coyhaique, une journée de vacances histoire de définir les prochaines étapes de l’itinéraire… Et après mure réflexion, je me décide à continuer sur la route des écoliers et de garder le cap au sud. Mon guide me quitte puisqu’il ne traite pas de la partie sud de Coyhaique, je me réfère donc aux dires d’autres voyageurs qui m’ont parlé d’un moyen de rejoindre la frontière argentine et El Chalten par le sud de la carretera austral, partant d’un petit patelin qui s’appelle Villa O’Higgins. De là, il devrait y avoir un bateau amenant à la frontière, et un bon 20km de marche dans les montagnes avant de rejoindre la partie argentine. La fleur au fusil, je repars le lendemain donc pour… le sud. Je sais, je l’ai déjà dit! L’aventure en terre patagonienne continue…

Toujours sur la route de Cochrane - vraiment beau!

Toujours sur la route de Cochrane - vraiment beau!

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Argentina!

San Martin de los Andes

San Martin de los Andes

L’aventure bolivienne se termine donc sur une note grandiose puisque je refais le désert de sel avec l’eau cette fois-ci et c’est un paysage surprenant et presque irréel qui finit mon séjour en beauté. La cerise sur le gâteau. Du désert je passe donc la frontière pour rejoindre San Pedro de Atacama au Chili, d’où je compte me diriger tranquillement vers Mendoza pour rejoindre mes parents et passer avec eux les 10 jours suivants.

Désert d'Atacama

Désert d'Atacama

Petite surprise à San Pedro – petit village au milieu du désert, très mignon mais absolument rien à faire et des prix qui battent les records – les bus vers l’Argentine sont complets pour les dix prochains jours. Donc changement de plans. Avec Jayna qui a décidé de faire un petit bout de chemin avec moi, nous nous dirigeons donc vers la station de bus sans trop savoir quelle sera la prochaine destination, et allons innover en matière de prise de décision. Nous décidons d’ignorer ce que peut dire le guide, et nous adressons simplement au premier couple de touristes en leur demandant où ils vont. Tiens, des Français. Et ils nous disent Arica, nous leur demandons si c’est bien, ils nous disent que c’est censé être sympa, nous nous consultons brièvement des yeux, hochons tous deux la tête, c’est donc là que nous irons. Bon c’est à 12h de San Pedro et au nord, donc dans la direction opposée de Santiago et Mendoza où je dois retrouver mes parents, mais qu’à cela ne tienne c’est là que nous irons. Le soir nous voilà donc en route pour cette grande ville côtière ma foi fort sympathique et pas trop touristique (grand changement de San Pedro). Nous passerons quelques jours très sympathiques à alterner entre plage et balades sous un soleil de plomb.

Deux parents en Argentine

Deux parents en Argentine

Le dimanche, temps de se remettre en selle pour le sud cette fois-ci, et c’est un 30 heures de bus qui m’attend pour rejoindre les parents à Santiago. Au point ou j’en suis… Et finalement ça se fait très bien, la route est superbe puisque je longe la côte tout le long, et les bus là-bas sont de vrais palaces roulants. Bon je concède que je suis tout de même heureux d’arriver d’autant que je revois mes parents après 6 mois depuis la dernière rencontre. Nous fêterons d’ailleurs les retrouvailles en grandes pompes au restaurant de viking du coin avec une viande exceptionnelle, le tout bien entendu arrosé de l’élixir local. Le lendemain nous nous mettons en route pour Mendoza en bus, un bon 5 heures dans un paysage superbe. Nous frôlerons des yeux le mont Aconcagua, plus haut sommet d’Amérique du sud culminant tout de même à un bon 6,9962m (respectable vous en conviendrez). Et le lendemain de notre arrivée en territoire argentin, nous voici sur la route en direction du sud dans notre carrosse local, une magnifique Chevrolet Corsa grande comme une boite à sardine roulante. Je vous passerai les « elle est vraiment très con cette voiture » du pater qui jalonneront la route… Clairement Chevrolet n’est pas allemand! ;)

En route...

En route...

Nous ferons ainsi 2 jours de route avec tout de même de belles étapes gastronomiques histoire de valider la réputation du boeuf argentin et du vin, et se remettre de ces longues tranches de route dans un paysage principalement de steppes. Pour faire bonne mesure, nous alternerons entre bitume et pistes de terre – cette dernière particulièrement dangereuse pour notre gomme de formule 1. Cela dit papa fait ça avec style puisqu’il attendra de se retrouver dans un centre urbain de taille importante (au moins 5,000 habitants!) avant de crever, facilitant ainsi la réparation et minimisant le temps d’attente. Nous aurons le plaisir de affaire avec « Jo rapido » qui effectivement nous fera le nécessaire en un temps record de 10mn. Nous revoici sur la route donc pour conclure un bon 1,500km, trois jours plus tard. Nous arrivons finalement à San Martin de los Andes dans la région des lacs, juste au-dessus de la Patagonie.

Aux alentours de San Martin

Aux alentours de San Martin

Pour inaugurer l’endroit et fêter la fin du trajet (un peu longuet quand même, bien que la compagnie soit tout simplement exceptionnelle), nous nous faisons un restaurant à Parilla (comprenez BBQ) servant de petits steaks de 400g (les formats réguliers font 800gr – nous aurons la décence de ne pas demander la taille des gros formats…). Sur ce nous nous trouvons un repère de bandits tout en bois et nous mettons en quête de… légumes! Bon c’est pas brillant mais on y arrivera quand même. Ce soir, c’est salade – quand même pas abuser, 500gr de viande par jour ça suffit! Nous nous émerveillons également devant le spectacle qui s’offre à nous. San Martin est une colonie d’étrangers qui voyant le paysage de montagnes, lacs et forêts, ont décidé de faire une mini-suisse en Argentine. Le contexte s’y prête, il manque simplement les chalets en bois et autre artéfacts typiques (genre des châteaux et autres excentricités de gens simples), et c’est bon, on s’y croirait. Sérieusement la ville est très mignonne et soignée, au bord d’un lac et au milieu d’un paysage tout simplement à couper le souffle (oui encore un!). Ça ressemble aux Alpes mais la végétation change, les lacs se suivent et ne se ressemblent pas, et le tout reste très sauvage.

Le volcan Lanin

Le volcan Lanin

Nous passerons ainsi les trois jours suivants à se balader et profiter de ce magnifique spectacle de nature sauvage. J’aurai beau essayer de convaincre mes parents de faire trempette, sans succès, ils sont catégoriques. Le tout alimenté de grandes discussions sur tous types de sujets, un plaisir dans un contexte qui se prête à l’échange et l’ouverture. Nous irons également admirer le volcan Lanin qui a façonné les montagnes et lacs de toute la région au fil de quelques (millions) d’années. Sommet conique impressionnant recouvert de neige. Maman est aux anges. Pour les lamas par contre, on repassera…

Parilla en cours de réalisation

Parilla en cours de réalisation

À la fin du deuxième jour, nous nous lancerons avec papa dans l’allumage de notre premier barbecue argentin – très différent et beaucoup plus technique, il va sans dire. Après de maints efforts, et la section politique, sport et économie du journal local, nous ferons de magnifiques braises dignes (attention, faut que la braise soit vraiment blanche – hyper important!) d’accueillir nos « ojos de bife » fraichement pêchés à la boucherie du coin (qui a un nom assez cool bien que je l’ai oublié – maman?). Un franc succès.

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Nous conclurons le tout par une belle balade sur la route des 7 lacs (du marketing, puisque la route en compte en fait 8 – mais 7 ça fait mieux c’est certain), qui n’en finit pas de surprendre et d’émerveiller. Des paysages absolument grandioses qui ravissent tous les sens. Viens finalement le temps de se séparer, les parents reprenant la route de Santiago et moi me dirigeant (doucement quand même, on va pas se stresser tout de même) vers le sud avec un premier stop à Bariloche. De là j’attaque la Patagonie, un des points culminants de mon voyage. Cette semaine en excellente compagnie fut un vrai plaisir et un temps privilégié, et une belle coupure du reste du voyage. Un gros merci donc à vous deux chers parents pour votre visite et votre accueil même à des milliers de KM de la maison, ce fut absolument génial!

Petite parenthèse pour conclure sur le contraste entre le Chili et l’Argentine, et la Bolivie. Outre les prix qui sont (pardonnez l’expression) DEBILES (ok, je partais perdant avec la Bolivie, mais quand même), on change littéralement de monde. Tant au niveau des infrastructures (j’ai redécouvert les bienfaits de l’asphalte) que de la culture et des gens, il y a un vrai fossé difficile à réconcilier avec le passage d’une simple frontière virtuelle. La Bolivie en vient d’ailleurs rapidement à me manquer de par son dépaysement et sa culture principalement indigène. Mais cela fait partit du voyage et c’est intéressant de s’interroger sur les raisons qui ont amorcé un tel différentiel entre des pays pourtant voisins… Allez, sur ce on se revoit du côté de Bariloche!

Zapala

Zapala

Sucre – opération immersion

Davida

Davida

Me voici donc à Sucre, pour 3 semaines. Objectif : me plonger en immersion totale, donner de mon temps en faisant du bénévolat avec les enfants et pratiquer mon espagnol jusqu’à la corde. Voyager est extraordinaire et les 3 mois passés (déjà!) ont été une succession d’émerveillement et de rencontres. Cela dit je fréquente la plupart du temps des étrangers et ne passe pas plus de 1 à 2 jours dans chaque endroit. Difficile donc de s’imprégner de la culture locale et de développer des relations avec les habitants. L’objectif de Sucre est donc de mettre le voyage de côté quelques semaines et de prendre le temps de découvrir l’endroit comme les gens.

Fernando & Bryan

Fernando & Bryan

Au programme (chargé!), logement en famille d’accueil, travail dans la garderie d’un quartier pauvre de Sucre le matin et cours d’anglais avec les enfants l’après-midi. Histoire de combler les trous j’ai décidé de réaliser l’un de mes rêves : apprendre la guitare (idée de génie que de me trimballer une guitare pour traverser l’Amérique du Sud, il fallait y penser). Les journées sont donc chargées mais pas encore suffisamment, je les conclue donc avec des cours de salsa. Et ça fonctionne! Je suis avec les locaux du matin au soir, et je prends un plaisir incroyable à apprendre, que ce soit l’espagnol ou la guitare – deux sujets qui me tiennent à cœur.

Bar "Mirador"

Bar Mirador

La première semaine est un peu dure, je suis seul et ne rencontre pas de backpackers, je passe donc le plus clair de mon temps à travailler avec les enfants ou seul à pratiquer espagnol et guitare. Après 3 mois à vivre à rythme accéléré, ponctué de maintes rencontres de gens de tous horizons, le changement de rythme est radical. La garderie est également un choc, les conditions de vie et d’hygiène étant déplorables et la pauvreté évidente. Mais je réalise rapidement que c’est exactement ce que je recherchais et une petite routine s’installe rapidement à mesure que je m’ouvre à cette autre facette du voyage et de l’Amérique du Sud, une facette plus réelle que jamais.

Les enfants de la garderie

Les enfants de la garderie

Le premier jour, arrivée à la garderie à 9h, j’ouvre la porte et découvre tout à coup une ribambelle de petites têtes brunes (surprenant, peu de blonds). En l’espace de quelques secondes, j’en ai 2 dans les bras et quatre autres accrochés à mes basques. Ce moment marquera le début de 3 semaines merveilleuses avec les enfants (entre 25 et 30 selon les jours), ponctuées de sourires et câlins, et quelques pleurs pour faire bonne mesure.

La garderie Ciruelitos

La garderie Ciruelitos

Les conditions sont plus que limites. Le quartier est très pauvre, les infrastructures quasi-inexistantes et la garderie s’en ressent. Simplement une grande pièce avec une cuisine de fortune dans un coin, pas de toilettes ni d’eau courante, le tout pour près de 30 enfants. Inutile de préciser que les jouets se courent après et il faut faire preuve d’imagination. La cours sert donc de défouloir pour ces jeunes pleins d’énergie quand le temps le permet. L’hygiène quant à elle laisse à désirer et on sent qu’il y a un gros manque d’éducation en plus de problèmes de moyens.

Carine

Carine

Cela n’empêche pas ces jeunes (de 1 à 7-8 ans) d’avoir une énergie incroyable et un sourire à faire fondre la Patagonie. On sent qu’ils n’ont pas nécessairement l’habitude de recevoir de l’attention, et mon arrivée (suivie par 2 autres volontaires la semaine suivante) est une fête pour eux. Ca crie, remue, se jette sur les genoux, tire les jambes, bref ça bouge. Et pas intérêt à penser à faire une pause. C’est un vrai plaisir et tellement émouvant de voir toute cette affection et ces sourires. Les yeux quant à eux racontent des histoires. On sent que certains ont vécut et vivent des choses difficiles, la garderie est souvent pour eux le temps de se détendre. Le lundi est d’ailleurs une journée difficile, on sent que la fin de semaine a été dure à la maison et que le retour à la garderie permet de respirer et de se remettre petit à petit. Les premières heures sont consacrées à reconnecter avec ces petites âmes pleines de vie, et hop c’est repartit pour une autre semaine. Comme ça, j’accueille le 3e jour 2 jumeaux de 14 mois, Sergio et Severino. Premier jour, impossible de leur décrocher un sourire – je les travaille au corps pendant 3h mais rien n’y fait. Finalement j’arriverai à les faire « craquer » après trois jours, et quel plaisir de les voir finalement sourire – et de voir ces petits bras se lever dans les airs pour qu’on leur fasse un câlin! Mais est-ce normal à cet âge là de voir ça…

Mariane

Mariane

Bref quelle expérience de vie. Ça confronte à la réalité de beaucoup plus d’enfants qu’on ne s’imagine, beaucoup de choses qu’on prend pour acquises sont un luxe pour eux. Des choses aussi simples que d’avoir des toilettes, des vêtements propres… Je ne veux pas non plus dramatiser, mais c’est clairement une autre réalité qui m’était (nous est?) complètement étrangère. Ca réveille, un peu douche froide, ça attendrit. Je cherchais un « reality check », je l’ai eu. Et avec ça un temps incroyable avec des enfants d’une gentillesse et d’une maturité surprenante. On sent également une solidarité à toute épreuve, particulièrement entre frères et sœurs. La plus grande frustration sera de ne pas pouvoir changer significativement les choses, étant sur place pour seulement 3 semaines et n’ayant pas été mandaté pour intervenir sur la manière dont sont encadrés les enfants. Nous nous lancerons tout de même dans des travaux de terrassement afin de faire un potager dans la cours pour qu’ils puissent cultiver leurs légumes (les rations alimentaires sont souvent insuffisantes et manquent de produits frais). Belle aventure qui restera gravé en moi pour bien du temps, les au-revoir sont émouvants des deux côtés.

L'institut Fox

L'institut Fox

L’après midi est consacré aux cours d’anglais. J’assiste une prof absolument géniale (Lourdes) et enseigne donc à des jeunes de 7 à 11 ans qui apprennent les bases de la langue anglaise. Une toute autre ambiance, on sent que les enfants viennent d’un milieu plus aisé. Lourdes fait preuve d’une énergie illimitée et je n’ai pas d’autre choix que d’embrayer et suivre le rythme. Et ça swing! Je leur enseigne les Beatles, accompagne (ou plutôt tente) les chansons éducatives à la guitare et participe aux différentes activités (description des parties du corps humains avec cobails, etc.). Première fois que je me trouve dans une cadre d’enseignement formel (de l’autre côté du bureau) et j’adore.

Princesse Jayna

Princesse Jayna

Le reste du temps est consacré à la guitare – mon prof s’évertue à m’apprendre les bases de la musique et de la guitare en 2 semaines, le pauvre en transpire à grosses goutes, mais il est très bon et je m’imprègne du maximum pendant que je peux. Après ça je serai sur la route et il faudra que je me débrouille! La deuxième semaine, je rencontre Dieter (de Bolivie) et Jayna (d’Angleterre) et on change de vitesse. Sortie tous les soirs dans les endroits locaux, à coup de concert de Heavy Metal ponctué de pogos avec des boliviens aux cheveux longs et tout habillés de noir, de sessions de Karaoké (complètement ancré dans la culture – les gens se lèvent tour à tour pour chanter, c’est naturel), et de maintes boites de nuits et autres bars. Le monde de la nuit de Sucre surprend, les nuits raccourcissent et l’ambiance change.

Jamil

Jamil

En résumé, 3 semaines de pur plaisir et un changement radical du reste du voyage. Je cherchais l’immersion totale, j’ai été servit! Que ce soit avec les enfants ou en sortie le soir, j’ai passé mon temps avec les locaux, eu mes premières conversations entièrement en espagnol dans les bars (yeah!), et surtout j’ai pris le temps de faire la connaissance des lieux, des gens, de la culture. Aussi simple que d’avoir ses petites habitudes dans les cafés et de tailler une bavette avec les serveurs – magique. Un sacré contraste avec le reste du voyage. Il est maintenant temps de remettre les voiles pour rejoindre mes parents dans le sud. Étrange sensation que de remettre le sac sur le dos, nostalgie de quitter Sucre couplée à l’excitation de me remettre en route et de revoir la famille. Au programme 1 semaine pour rejoindre Mendoza en Argentine, juste un petit 50h de bus! Dommage pour mes voisins, je suis maintenant armé d’une guitare et de gammes en tous genres. En chemin, je compte tout de même faire quelques pauses, notamment me refaire le salar de Uyuni (je sais, il n’est pas bien le garçon) qui est maintenant remplit d’eau et change complètement la paysage – visiter San Pedro de Atacama au Chili, et passer 1-2 jours à Salta en Argentine, supposément un superbe vestige colonial. Bref je me remets en selle! A suivre…

Isaac, Jonny, Limber, Iber

Isaac, Jonny, Limber, Iber

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