La Paz, dimanche soir – 20h. Après 2 jours de pause suite à la pampa, tout juste le temps de faire la lessive et de se remettre le dos de 30 et quelques heures de Jeep en terrain hostile, nous voici repartis… cette fois pour le désert. Yaël et moi avons décidé de continuer vers le sud avant que nos chemins se séparent pour de bon, elle vers Buenos Aires ou elle va retrouver son copain et moi vers Sucre pour faire quelques semaines de volontariat. Le bus est petit à souhait, il pleut des cordes et je m’aperçois vite que l’étanchéité de ma fenêtre date d’une autre époque. Bref 12h de bonheur coincé dans un espace confiné et balloté par les aléas de la piste (parler d’une route serait exagérer). Content donc d’arriver, toujours dans l’altiplano autour de 3,500m d’altitude avec au loin les glaciers à 6,000m. Malgré les courbatures et les yeux qui peinent à rester ouverts, le spectacle est superbe. Et bien sur le réveil version locale : ils ont la spécialité de blaster (oui oui, c’est le mot) une musique locale pas toujours du meilleur goût environ 1 heure avant l’arrivée. Aucune chance de manquer le terminus (sans blague!). Pas très agréable, mais on peut dire que c’est saveur locale.
A peine descendus du bus, nous nous mettons en chasse d’un tour avec qui partir pour 3 jours de visite du salar d’Uyuni et du désert voisin pour voir geysers et autres phénomènes naturels intéressants (lacs verts, rouges, arbres de pierre, etc.). Nous trouvons notre homme et à peine l’estomac restauré et les dents brossées, nous voici repartis pour… surprise… 3 jours de Jeep! Pour nous tenir compagnie, 3 australiens se joignent à nous, et nous voici sur la route – heureux comme des papes – et complètement crevés (les australiens se sont eux aussi tapés le bus de nuit, l’ambiance est donc studieuse).
Et nous entrons dans le fameux salar d’Uyuni. Pour la petite histoire, le salar est à l’origine un lac d’une bonne centaine de kilomètres formé par le mouvement des plaques et monté à quelques 3,000m d’altitude. Ce faisant il a emprisonné avec lui une partie (tout de même minime) du pacifique. Au fil du temps l’eau a séché et n’a laissé qu’une énorme croute de sel derrière lui. Il y a probablement nombre d’autres processus et phénomènes chimiques, physiques, etc., mais je ne les connais pas et le tout me parait crédible donc je m’en contente. Pour les apprentis scientifiques, il y a wikipedia
. Le tout donne donc une surface plane sur des dizaines de kilomètres, un sol de sel – et c’est tout simplement hors du commun. Une personne rencontrée plus tard me dira que c’est la plus belle chose qu’elle a vue de sa vie, je ne sais pas si c’est mon cas mais il est clair que c’est extraordinaire. Les photos valent tout ce que je pourrais vous raconter…
Après 2 bonnes heures de route, nous tombons sur l’île du poisson (rappel : nous sommes sur un lac asséché) ou ne poussent que des cactus, mais alors pas des moitié de cactus. Et en quantité SVP. De toutes les tailles, ils ont élu domicile sur ce gros caillou au milieu de nulle part, dans un climat chaud et sec en été, et crissement froid en hiver – un vrai paradis pour eux donc. À tel point que certains atteignent plus de 1,000 ans et au-delà de 12 mètres de hauteur. C’est l’heure de jouer avec les effets d’optiques (non, pas encore capable de sauter à 4 mètres de hauteur…) et de se remplir des perspectives alentours (François, un vrai bonheur!). Petite séance photo avec Gozilla, lunch sans sel svp et nous voila repartit pour la prochaine étape. Après quelques heures de route et un paysage qui devient désertique et montagneux, nous nous arrêtons pour passer la nuit dans un hôtel de sel. Effectivement, les murs jusqu’aux lits viennent des carrières de sel locales. Un peu style hôtel de glace, sans la température (Katja, parfait pour toi). Surprise, nous avons l’eau chaude et même quelques heures d’électricité, autant dire un vrai luxe inattendu et bienvenu. C’est l’occasion de faire plus ample connaissance avec nos amis australiens, très sympathiques, ainsi que la patronne qui n’hésite pas à venir se poster devant la table chaque fois qu’un plat nous est servit. Quand nous lui demandons des verres pour boire du vin, elle nous apporte sans hésiter… 6 verres (nous sommes 5) – indéniable sens de l’hospitalité. Après les dernières 24h, inutile de préciser que la viande est mise au torchon à 20h et n’en sors pas avant 7h le lendemain matin (scandaleusement tôt en effet).
Le deuxième jour est le temps de découvrir les magnifiques lacs de la région, plantés au milieu d’un des déserts les plus secs du monde (allez comprendre comment on peut avoir des lacs au milieu du désert…). Et nous faisons connaissance avec les flamants roses, une autre superbe surprise, attirés par la richesse des points d’eau en minéraux – qui leur donnent des couleurs inattendues, jaunes, rouge, vert. Les paysages défilent et n’en finissent pas de nous surprendre, on ne se lasse pas et les appareils photos chauffent de tant de grandiose. Petit arrêt pour faire la connaissance de l’arbre de pierre, sculpté par le temps, le vent et le sable. Il est là, planté au milieu du désert avec des formes impossibles et imposantes. Petite séance photo de groupe, et nous rejoignons le dernier point de vue de la journée, le lac coloré (rouge plus exactement). Un vent à décorner les bœufs nous accueille à tel point que je fous en l’air ma portière en l’ouvrant avec un vent arrière, fracassant le mécanisme, et nous progressons jusqu’au bord du lac sur une montagne de (non ce n’est pas de la neige) borax (me rappelle pas le nom). Nous avons littéralement l’impression de voler tellement le vent est fort (je commence sérieusement à me prendre pour superman), et le spectacle nous laisse sans voix (pas moyen d’ouvrir la bouche de toute façon, au risque de se transformer en une mine de borax).
Nous finissons la journée dans une auberge pas loin du lac, également pourvue d’eau chaude (nous n’en finissons pas d’être surpris), à 4,200m. La nuit se passe par à coups, l’altitude nous empêchant de dormir de façon continue, et nous décollons finalement vers 5h du matin (dur les voyages!). Nous allons admirer le lever de soleil sur les geysers qui crachent leurs fumées et répandent une forte odeur de souffre. Magnifique spectacle sur une lumière surnaturelle, la terre boue sous nos yeux et laisse rêveur. On aurait presque envie de tremper le doigt (mais on évite quand même). Une chose est sure, les mesures de sécurité sur site sont légères, on peut s’aventurer à quelques centimètres des geysers, certaines partie sont d’ailleurs un peu trop molles à mon goût. Mais l’expérience est incroyable. Après 15mn à se gaver des fumées toxiques, nous voila repartis vers le lac vert, qui malgré son nom est plutôt sombre, le vert se révélant théoriquement avec la lumière de l’après midi. Très beau site tout de même, avec 2 volcans à près de 6,000m qui surplombent le lac.
Et pour finir le tour en beauté, nous nous arrêtons à « aguas calientes », source d’eau chaude directement issue du volcan avoisinant se jetant dans le lac, avec au passage une pause dans la petite piscine naturelle qui fera office de jacuzzy à notre petite troupe, heureuse de pouvoir se prélasser tranquillement et de décanter toutes ces images aussi surprenantes les unes que les autres. 1h de pause et nous voila sur le chemin du retour, au milieu de ciels orageux de toutes parts. Nous échapperons tout de même à la tempête (probablement mieux, pas vraiment envie de pousser un 4×4 au milieu du désert).
Arrivée le soir du 3e jour – des images plein la tête et du sable plein la bouche. Alors que nos amis australiens décident de reprendre la route pour Potosi le lendemain matin, Yaël et moi prenons la sage décision de louer une chambre à l’auberge histoire de passer le temps jusqu’au départ de notre train, à … 2.30h du mat. Bien d’accord, complètement fêlé! D’autant qu’il n’y avait plus de place en première classe, nous allons donc voyager, non pas en première classe, non plus en deuxième classe, mais bien en TROISIEME classe (sur une échelle de trois). Je fais partie de ces personnes qui sont toujours à la recherche de l’authentique, de l’original, je me réjouis donc. Yaël est moins enthousiaste, mais vu qu’on va avoir la tête dans les choux, on va roupiller et tout va être pour le mieux.
Avant de continuer, petit point à noter. La plupart du temps dans les transports, je dirai que les premières 60% du temps sont tout à fait acceptables, voire agréables. Après un moment, une certaine monotonie s’installe, on commence à regarder la montre et se dire que ce serait bien qu’on arrive. Les dernières 15% sont souvent un peu dures, mais comme l’indique le chiffre ce sont les dernières 15%. On prend donc son mal en patience et ça passe. Tout ça pour dire que nous voila à la gare à 2.30 du mat, les yeux tout croûtés, on grimpe tant bien que mal dans le train, et là on découvre la troisième classe – une veille de noël (nous sommes le 24 au matin). OK les boliviens ne sont pas gros, mais là ils ont vraiment exagérés avec les sièges. Entre les gens et les paquets et autres objets non-identifiés, nous nous ENTASSONS (pas d’exagération) dans le wagon pour former un tout très compact (probablement plus sur en cas de collision – avons-nous découvert l’air bag version bolivienne?). Pour revenir à notre règle des 60%, ce coup-ci c’est plutôt la règle des 0%. À peine « insérés » dans nos sièges respectifs, nous regardons la montre pour découvrir – oh malheur – que nous ne sommes pas encore partis! Un bon 7h de calvaire va s’en suivre. Phénomène typique : assoupissement, réveil en sursaut, coup d’œil sur la montre plein d’espoir, pour découvrir que 10mn ont passées… DAMN! Petit rayon de soleil, nous faisons face à deux petites grand-mères absolument adorables, en habit typique et un visage de tous les âges. Le petit matin nous apporte le soleil ainsi qu’un paysage tout de même très beau. L’état d’esprit n’est pas vraiment à la villégiature mais nous prenons cependant connaissance du décor de western qui s’offre à nous. Finalement après nombre de gares et autant de faux espoirs, nous arrivons à Tupiza, proche de la frontière argentine, ou nous comptons jouer aux cowboys avant de reprendre nos chemins respectifs.
Tupiza est une petite bourgade très sympathique plantée au milieu d’une sorte de désert qui rappelle les bons vieux western spaghettis. Montagnes usées par les précipitations d’un rouge ocre, cactus en tous genres et un temps sec sont autant d’appel du pied pour prendre un cheval et partir galoper dans les steppes locales. Ce que nous faisons dès le 2e jour. Les chevaux sont très beaux et ne demandent qu’à s’élancer en avant dès que le terrain le permet. Nous passerons la porte du diable jusqu’au canyon des incas avant de retourner en fin de journée le sourire aux lèvres et les hanches en compote. 1 jour de repos pour se remettre de toutes ces aventures et nous repartirons le jour suivant avec Nick et Beth (membres de l’équipe lors de la pampa) pour un tour d’une journée complète en Jeep, à cheval et en vélo, qui s’avérera une catastrophe du début à la fin. Le matin, engueulade avec l’agence de voyage qui organise le tour, le temps est gris, les pauvres chevaux sont au bout du rouleau, et les vélos roulent on ne sait par quel miracle! La bonne compagnie rendra le tout quand même très agréable et nous finissons par en rire tellement tout s’accumule. Pour finir par une course en vélo dans la boue déclenchant systématiquement un grand sourire des locaux amusés de voir ces gringos tout couverts de boue…
De là nos routes se séparent définitivement et je repars le cœur un peu gros vers Sucre au nord alors que le reste de la troupe se met en selle pour l’Argentine… Une page du voyage se tourne, j’ai effectivement décidé de poser mon baluchon quelques semaines histoire de vivre avec les locaux et aider les enfants. Sur le chemin, je compte m’arrêter à Potosi juste le temps de visiter les mines d’argent qui ont rendues la région célèbre. A suivre…







