
Sur la route de Cochrane
Me voilà donc sur la route pour la Patagonie, pays des fjords et glaciers, du froid et du mauvais temps. Deux possibilités, aller au sud par la fameuse route 40 en Argentine, ou bien tracer au Chili et descendre la carretera austral. Cette dernière m’a été décrite comme étant complètement paumée, avec un chemin forestier pour toute route et traversant des villages de pionniers supposés sans intérêt. Le tout arrosé d’une pluie abondante et incessante, avec des bus à fréquence aléatoire. Bref, on sait quand on part mais dur de dire quand et ou on arrive, ni dans quel état. Cette description alléchante finit de me convaincre, je vais prendre le chemin des écoliers, long tout de même de plus de 1,200km. L’aventure démarre donc de Futaleufu, petit village perdu dans les montagnes bordant la frontière chilienne – à une journée de voyage depuis Bariloche.

Du stop en musique
Descente du bus, je me renseigne pour savoir à quelle heure part le prochain bus pour le sud. Question mal posée, quel JOUR part le bus… 2 jours d’attente – ca commence bien! Jamais fait de stop, c’est le temps donc d’essayer. Les locaux me regardent bizarrement mais je ne me démonte pas pour autant. Je mets donc mon barda sur le dos et me voilà au bord de la route à attendre le prochain bon samaritain. Qui ne se fait pas attendre, j’attends 10 minutes et voit Manuel s’arrêter avec son pick-up. Il peut me descendre jusqu’à Santa Lucia à 120km au sud, c’est déjà ça de pris. Après une descente en mode « rally » au milieu des montagnes et lacs, la route est absolument magnifique, je découvre Villa Santa Lucia, paumée au fond de la vallée avec des maisons de brocs et un bon 300 habitants – ok, 250. Pas de problème, je me pose au bord de la route, il est midi et après mon premier succès de la journée, je me sens en veine. Mon pouce reste levé un bon 15mn, pas de voitures. Je me décide à m’asseoir. 45mn plus tard, toujours pas une voiture, je sors la guitare et Pink Floyd s’en donne à cœur joie. Au bout d’une heure, 1 voiture passe (WOW). Je me dis qu’elle est pour moi, je l’ai tout de même bien méritée. Ces ingrats ne vont même pas s’arrêter, plutôt ils vont me recouvrir d’une légère poussière ocre. Mais rien n’y fait, je suis motivé! Inutile de préciser que je suis en plein cagnard sans crème solaire (finie la veille), la faim me tenaille l’estomac. L’excitation du départ commence à faire place à une attente frustrante. On dit souvent que faire du stop est fonction de la bonne volonté des gens, ça fonctionne… quand il y a des voitures! Je rencontre Jolly Jumper, pauvre cheval errant sur la route, quelques vaches me regardent avec leur tronche brillante d’intelligence, et je me débat avec la horde de temps qui sont parait-il très populaires en Patagonie (et tenaces les salopiauds).

Villa Santa Lucia
2 heures et demi… ras le bol je me dirige vers le magasin du village. Le prochain bus est le lendemain matin, probablement plus sur pour arriver quelque part. Je pose donc mes affaires, sors ma guitare et nous passerons avec le propriétaire du magasin et la horde de gamins du village le reste de la journée au bord de la route à compter les voitures (sur les doigts d’une main quand même), jouer de la guitare et vider des bières. Finalement toute une expérience et l’imprévu du voyage, les gens sont absolument adorables et nous partagerons un très bon moment. La mama me préparera un dîner digne de ce nom avec riz, saucisse et salade de tomates (papa, un vrai délice), et nous finirons la journée sur quelques accords de guitare et le sourire des enfants contents d’avoir de la compagnie. Après une bonne nuit de sommeil pour cuver les bières et me remettre de mes émotions, temps de remettre les voiles au sud. Objectif, rejoindre Coyhaique d’ici la fin de la journée (oui Charles, LE Coyhaique), point central de la carretera austral. Je reprend mon poste au bord de la route, cette fois rempli d’espoir par le bus. Une voiture arrive, à tout hasard je lève le pouce, et la voiture s’arrête! Je fais la connaissance de Julio (Argentin) et Anne-Hélène (Française) qui proposent de me descendre 100km au sud à Puyuhuapi, petit village de pêcheur. De là je me dis que je pourrais toujours attraper le bus pour descendre plus au sud, et en plus faire leur connaissance. J’embarque. Nous partons rapidement dans des discussions passionnantes et variées, ponctuées d’arrêts le long de la route histoire de faire quelques photos et profiter du paysage et du temps (toujours grand beau – est-on vraiment en Patagonie?!). Prochain arrêt, nous manquons de nous faire renverser par LE bus qui arrive à toute berzingue en sortie de virage. Oops, on oublie donc d’arriver à Coyhaique en fin de journée, va falloir réajuster les plans.

Anne-Hélène et Julio
Nous arriverons finalement à Puyuhuapi pour un déjeuner tardif et poussons un peu après le village au restaurant des eaux thermales, petit coin de paradis fleurit au bord du lac. Vous prenez un superbe lac suisse entouré de montagnes, enlevez les touristes, les grands chalets au bord de l’eau, les bateaux et autres embarcations nautiques, et vous y êtes. Charmant! Après le déjeuner et une bonne dose de soleil, mes deux compagnons ne sont pas fatigués de moi (je sais, incroyable!) et me proposent d’aller voir le glacier voisin avec eux. Cool! Après une marche de 45mn, que nous essayerons de couvrir en 30mn – sans succès, nous pouvons finalement admirer mon premier glacier perché dans un col et source de maintes cascades. C’est un régal, beau, magnifique, les mots manquent. Temps de redescendre, Anne-Hélène décide de prendre les choses en main et nous courrons avec Julio derrière elle histoire de tenir le rythme – insoutenable! Ces derniers ont décidé de poser la tente au pied du glacier, il est temps pour moi de les remercier chaudement après une journée inattendue en excellente compagnie, récupérer mon barda et de faire le chemin vers Puyuhuapi histoire d’y passer la nuit. Il est 20h – j’ai 20km à couvrir en passant par l’autoroute locale (toujours autant de voiture, ça en donne le vertige). Le soleil se couche, je mets mes écouteurs et commence ma marche vers le village.

Mon premier glacier!!
Le soleil couchant se découpe sur les montagnes, l’air est frais mais agréable, la musique parfaite, je suis heureux. Aucune idée de quand je vais croiser une voiture ni ou et quand je vais dormir, mais peu importe je me laisse emporter par la magie du moment. 45 minutes plus tard, toujours pas vu une voiture, mon barda pèse une tonne et le soleil a presque finit de se coucher (malgré mes espoirs que le soleil couchant ne se couche finalement pas complètement, beaucoup plus beau). Ma bonne humeur naïve vacille peu à peu, mais pas grave, je dormirai au bord de la route s’il le faut, j’en mourrait pas. Après réflexion, j’ai rien à manger, ça c’est moins cool. Finalement après une heure à errer sur la route et le dos en morceau – que vois-je… des phares de voiture! Je me pose sérieusement la question de ne pas l’arrêter et de profiter de la nature environnante pour passer la nuit et poursuivre l’aventure jusqu’au bout… mais à la réflexion… non, quand même pas exagérer tout de même! Je m’arme de mon sourire le plus charmant, la voiture s’arrête (sauvé!), et je réalise avec plaisir qu’il s’agit du gardien du parc du glacier qui me propose de passer la nuit chez lui. La nuit est tombée, on se les pèle grave, la proposition est donc acceptée avec plaisir (presque même du soulagement au grand dam de ma fierté d’aventurier). L’arrivée au village se fait une demi-heure plus tard (je vous raconte pas si j’avais dut me taper tout çà à pied, l’enfer…), je m’installe dans mes quartiers, quatre murs avec un matelas (un vrai paradis après la perspective de dormir au bord de la route… ok j’y ai pas vraiment crut pas, mais l’idée m’a quand même traversée l’esprit). Quelques tranches de salami jetées sur du pain, une bière, mon sac trempé (pas vu qu’il pataugeait dans l’eau pendant mon dîner de fortune au bord du lac), et me voilà au dodo après une journée ma foi assez surprenante et sympathique. OK j’ai pas beaucoup avancé au sud mais la rencontre de Julio et Anne-Hélène et nos interminables discussions furent un vrai régal – que nous comptons d’ailleurs poursuivre au bord du lac Puelo proche de Bariloche, ou ils habitent.

Ponton de Puyuhuapi
Je pensais partir directement pour Coyhaique (encore) mais décide finalement de passer une journée de plus avec le peu de pesos qu’il me reste (pas de banque bien entendu) et après un réveil tardif et un semblant de petit déjeuner, me voilà au bout du ponton à jouer de la guitare sur le lac, pour finir en beauté la journée avec un tour de kayak sur le lac sous un grand soleil (vraiment des histoires ce soi-disant mauvais temps en Patagonie…!). Lendemain matin, 7h, me voilà finalement dans le bus en route vers Coyhaique (si si, je vous assure!) que je rejoins vers midi après un voyage absolument magnifique alternant entre lacs et glaciers suspendus, une vraie merveille!

Sur la route de Cochrane
Coyhaique, une journée de vacances histoire de définir les prochaines étapes de l’itinéraire… Et après mure réflexion, je me décide à continuer sur la route des écoliers et de garder le cap au sud. Mon guide me quitte puisqu’il ne traite pas de la partie sud de Coyhaique, je me réfère donc aux dires d’autres voyageurs qui m’ont parlé d’un moyen de rejoindre la frontière argentine et El Chalten par le sud de la carretera austral, partant d’un petit patelin qui s’appelle Villa O’Higgins. De là, il devrait y avoir un bateau amenant à la frontière, et un bon 20km de marche dans les montagnes avant de rejoindre la partie argentine. La fleur au fusil, je repars le lendemain donc pour… le sud. Je sais, je l’ai déjà dit! L’aventure en terre patagonienne continue…

Toujours sur la route de Cochrane - vraiment beau!