Vue du bateau

Vue du bateau

Navimag. Le nom de notre palace flottant qui va nous permettre de rejoindre Puerto Montt à partir de Puerto Natales. 3 jours de traversée au total dans les vertigineux fjords de la Patagonie du sud, pour la plupart totalement déserts. Nous embarquons le soir, suivi de peu par un véritable troupeau de vaches entassées dans des camions. Triste vision de ce que nous faisons de ces chers animaux, ok pas très doués à la base, mais tout de même.

J’arrive dans ma cabine et découvre mes 3 compagnons des prochains jours, vois la taille de la cabine, lilipucienne en soi, et de m’exclamer que pas très grand, mais franchement pour tout juste $150, on peut pas vraiment en demander plus (le prix régulier est de $330). Là mes chers amis me regardent des poignards dans les yeux, la collocation débute. OK j’ai payé le même prix que tout le monde, mais juste de voir leur tête était exceptionnel. Je rencontre également Raphaël et Delphine, deux amis suisssses que j’avais déjà croisé lors de ma traversée héroïque du Torres del Paine. Rapidement l’ambiance se met en place, les 4 prochains jours promettent. Réunion du soir histoire de savoir ou on va et nous prenons chacun nos quartiers respectifs. Le bateau est bien fait, une grande salle réfectoire, un bar en haut et une terrasse extérieure histoire de prendre l’air (la pluie et le vent aussi).

Navimag, le bateau

Navimag, le bateau

Le lendemain, nous découvrons un paysage absolument splendide, les fjords s’étendent à perte de vue, les loups de mer nous font de grands signes et les dauphins (oui Delphine, des dauphins!) s’en donnent à coeur joie sur les flancs du bateau. L’équipage a à coeur de rendre la traversée agréable et entre les blagues vaseuses de notre « animateur », nous avons la chance de voir quelques films ce qui change un peu la routine. Pour le reste, contemplation du paysage aux côtés de la cabine de pilotage, un peu de guitare pour faire bonne mesure, bonnes rigolades version suisse à coup de simplet et de guyerrrrrrre (yep, j’attends ma fondue!).

Delphine, Raph et moi

Delphine, Raph et moi

Deuxième jour de traversée, nous prévoyons de faire un arrêt d’une heure à Puerto Eden, littéralement le seul village (si on peut même appeler ça un village) sur toute la longueur de notre voyage (+ de 2,000km). Un peu dans le même style que Tortel, un succession de maisons plantées à fleur de montagne et bordant le fjord, relié uniquement par de sympathiques passerelles de bois. La veille pendant la présentation rapide de l’excursion, mon sang ne fait qu’un tour et je décide d’aller y passer une semaine, jusqu’au passage du prochain bateau (inutile de préciser que la route n’existe pas et que seul les bateaux de Navimag assurent le ravitaillement et le transit des voyageurs). Bref je vais voir le capitaine en second qui finalement m’annonce que ce ne sera pas possible car les autorités m’attendent à Puerto Montt (un paranos les mecs parfois…). Mes rêves d’aventure sauvage tombent à l’eau, je n’aurais pas le plaisir d’annoncer à mon Charles national que je me suis fait 1 semaine en hermite dans un trou paumé de la Patagonie qui ressemble à Tortel… Je me rattrape tout de même pendant la visite en accostant un pêcheur sur un passerelle, qui nous vendra gentiment un bon kilo de crabe, et la même chose de coquilles St Jacques. Arrivée sur le bateau, notre cuistot national avec qui nous avons sympathisé nous propose de nous faire le crabe le lendemain soir – c’est pas de la fondue mais quand même top!

Fjords à perte de vue

Fjords à perte de vue

La traversée se poursuivra tranquillement avec mes deux compères, mélange de rigolade, contemplation du paysage (on s’en lassera pas une seule seconde), lecture et autres occupations tranquilles. Beaucoup de gens m’avaient dit que le trajet serait long surtout sur la fin, mais finalement ça se fait tout seul. Après réflexion, ce sera probablement mon contact le plus fabuleux avec la nature, sauvage et complètement vierge. Rien que de penser qu’aucun être humain n’a jamais posé le pied sur la plupart des îles et montagnes alentours donne le vertige. Avant dernière nuit, nous passerons en mer ouverte, Delphine en fait des cauchemars, on nous annonce des vagues entre 2 et 10 mètres (selon les jours on s’entend), finalement la traversée sera relativement calme. Et cerise sur la bateau, l’une des vaches donnera naissance à un petit veau, baptisé Navimag compte tenu des circonstances. Hallucinant qu’on laisse monter une vache sur le point d’accoucher dans un bateau, pas forts les mecs…

Bac en direction de Chiloé

Bac en direction de Chiloé

Je pensais filer directement du côté de El Bolson pour aller passer quelques jours chez mes Julio et Anne-Hélène rencontrés en route sur la carretera austral mais me laisse finalement convaincre par Delphine et Raph de les suivre sur l’île de Chiloé pour conclure en beauté mon passage au Chili. Nous descendons du bateau et prenons directement la route pour notre prochaine destination. L’aventure continue!

Arrivée sur Castro

Arrivée sur Castro

3 heures de bus, et nous voici à Castro, capitale de notre petite île. Après une après-midi tranquille et un bon steak le soir, nous décidons le lendemain de prendre la route pour un petit point sur la carte. On sait pas trop ce qu’il y a à voir mais l’aventure nous transporte (surtout Delphine, qui nous bassine pour se taper des KM à pieds avec tout le barda!). Bref nous débarquons en milieu de journée dans le patelin de Cucao, le point identifié plus tôt sur la carte, demandons s’il y a une auberge au bord de la plage (imaginez, le pied), répondu par l’affirmative mais sans plus de précision. Donc avec tout notre matos nous voici qui terminons le chemin à pied. Rencontre de locaux, nous leur demandons à quand la prochaine auberge, réponse évasive qui a l’air de dire non, Raph et moi sommes motivés et promettons à Delphine qu’on rentre en voiture si jamais on trouve pas chaussure à notre pied. Bref au bout d’une bonne heure de marche, nous sommes toujours au bord de la route, la plage pas très loin, et toujours pas d’auberge. « OK Delphine, on va rentrer… mais c’est toi qui fait du stop! ». Jouant de tout son charme, elle va réussir à arrêter la première voiture qui nous ramènera au patelin local. De là nous prenons une chambre dans l’auberge et restaurant du village, un flamboyant bâtiment vert au bord de la route qui tient on ne sait trop comment, mais l’accueil et sympathique et l’odeur de poisson parfume toute la battisse. Vivement le souper! Temps de se reposer un petit coup, armé de bières et chips, nous nous mettons en quête d’une plage, un peu l’objectif de la chose quand même. De là apéritif en règle avant retour dans notre palace histoire de profiter des empanadas locales, belle surprise si on considère les attentes initiales (sous-terraines!). Un dernier coup de Clos (oui Charles, j’ai trinqué à ta santé t’inquiète) et nous voilà au lit.

La côte pacifique de l'île de Chiloé

La côte pacifique de l'île de Chiloé

Lendemain matin, nous décidons de tenter l’aventure et rejoindre la plage de Cole-Cole, supposémment magnifique et à « seulement » une vingtaine de KM. Provisions dans le sac, nous nous remettons en route – sur la même route – espérant rejoindre notre nouveau petit nid en début PM. Que dalle, on marche, ca commence à fatiguer sévère, quand la route devient la plage… Petit pause déjeuner et que voyons nous… un camion!! On fait du stop, il nous embarque, et nous permet de rejoindre le prochain hameau (on ne parle plus de village à ce stade). De là on nous annonce que la plage n’est plus « qu’à » deux heures de marche… y’a un truc qui fonctionne pas dans l’histoire… Mais bon pas grave on continue, traversons un bras de mer à s’en mouiller les chaussures (pour moi, mes deux amis suisses font preuve d’une patience légendaire en enlevant leurs chaussures et chaussettes – et ils garderont les pieds au sec!). Et finalement nous tombons sur ce qui ressemble de très prêt à… un auberge! Nous rencontrons à ce point ci Paulino, le président de la communauté indigène local, qui nous propose de rester dans le refuge flambant neuf, deux étages tout équipe pour nous tout seul et prix modique. On a bien pensé continuer jusqu’à la plage, mais ça a pas duré longtemps. Nous prenons donc possession des lieux et nous reposons de toutes ces émotions.

Le Paulino en action

Le Paulino en action

Les deux prochains jours seront un mélange de balade à cheval histoire de rejoindre la plage (avouez que ça a plus de charme – moins fatiguant c’est sur) et faire quelques galops (pour le plus grand plaisir de Delphine qui biche depuis son canasson), de chanson de Paulino à la guitare au coin du poêle, de rencontres francophone assez… stéréotypique (??) et de bons gueuletons (Raph s’en donne à coeur joie et nous régale). Vous ajoutez à cela le pain fait maison de la mère à Paulino, impossible à comprendre mais avec un merveilleux sourire (pas beaucoup de dents par contre). Bref un petit paradis pendant presque deux jours.

Sur le chemin du retour

Sur le chemin du retour

Dernier jour, temps de se remettre en route vers la civilisation, nous faisons donc route avec Paulino et ses étalons de 1.50m, avec les sacs sur le dos. Je vous raconte pas le passage des bras de mer, de quoi se flanquer à la flotte 10 fois. Mais pas d’accident. Il nous déposera au bout de la plage d’où nous pouvons attraper le bus qui nous ramène à Castro. Bien sur à peine déposer le pied à terre, le déluge nous tombe dessus, le timing est pas mauvais! Après une dernière soirée ensemble dans l’un des meilleurs restaurants de la ville (très belle surprise) histoire de fêter dignement notre quasi-3 semaines ensembles (je sais, ils sont courageux mes deux suisses!), nous prenons le bus du matin à 6h (on est le premier avril, mais c’est pas une blague!) en route pour Bariloce. Le Chili, c’est donc fini, mais qu’est ce que c’était BEAU!!!! Un pays plein d’authenticité, avec des paysages qui laissent rêveur et dépassent l’entendement… et me voilà qui dit au revoir à Delphine et Raph en se promettant de se retrouver très bientôt en Suisse pour partager ensemble la fameuse fondue. Ces derniers vont passer quelques jours à se balader dans le coin, de mon côté je rejoins enfin mes amis Julio et Anne-Hélène rencontrés au Chili pour passer quelques jours à leur chalet proche de El Bolson (3h de Bariloche). Et ça continue…!

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Torres del Paine – au coeur de la Patagonie

Glacier Grey

Glacier Grey

Puerto Natales est le point de départ pour les randonnées autour du Torres del Paine, l’un des sites les plus célèbres en Amérique du sud pour le trek. Sa principale attraction, 3 tours qui surplombent le massif montagneux, faites de granites avec des parois abruptes. Bien que d’une altitude raisonnable autour de 2,500m, peu peuvent prétendre en avoir fait l’ascension du fait de vents violents et un temps souvent peu clément. Nous arrivons de El Calafate en milieu de journée et nous dirigeons rapidement vers l’auberge Nancy qui va nous accueillir le temps de finaliser notre préparation avant de repartir en trek, cette fois pour 5 jours. Yep, 5 jours de bivouac, jamais j’aurais crut que je m’embarquerai dans une telle entreprise!

Aux abords du glacier Grey

Aux abords du glacier Grey

L’auberge est un régal d’accueil, toute la famille de Nancy y met du sien, Victor le cadet à la location d’équipement, Andrea qui gère l’agence de voyage, et Guillermo qui tient l’extension de l’auberge qui offre des dortoirs. Le courant passe rapidement et les deux jours que nous y passerons seront très agréables. Session d’information histoire de se mettre dans le bain, et nous voilà en quête des dernières choses qui nous manquent avant le grand départ. Après une journée libre histoire de se dégourdir les jambes, nous nous élançons finalement. 4h de voyage en bus et bateau pour rejoindre le point de départ de la randonnées et nous voilà en position. Le premier jour sera probablement l’un des plus beaux puisqu’après 3h de marche, nous verrons apparaître au fond de la vallée le glacier Grey. Même après le Perito Moreno, les sensations sont incroyables. Le tout couronné d’un bon vent de 100km/h. Nous pourrons l’admirer de très prêt, à peine 50m, et n’en finiront pas de le contempler jusqu’à l’extinction de la lumière. Coucher de soleil superbe sur une glace alliant toutes les teintes possibles et imaginables de bleu. Petite parenthèse pour ceux qui se demandent d’où vient cette magnifique couleur et ses différents tons. La glace telle que nous la connaissons, surtout dans le congélateur, a tendance à prendre la couleur blanche du fait de l’air pris à l’intérieur. C’est également le cas des glaciers à leur surface. À mesure que la neige s’accumule et durcit, elle compresse par son poids la glace du dessous, et en chasse progressivement l’air. Et une glace avec une faible teneur en air… prend la couleur bleu. Ce qui explique que plus on va profond dans la calotte de glace, plus elle devient bleue foncé (héhé, forcément!).

Torres del Paine

Torres del Paine

Lendemain, direction vallée des Français à environ 20km de marche. Nous rejoignons le campement Britanico et prenons le lendemain matin la route sans les sacs (pas désagréable) pour nous enfoncer dans la vallée et admirer le cirque des montagnes et glaciers alentours. Le sentiment d’être envahit par le grandiose de la nature est total. Petit moment de contemplation et nous attaquons la descente, récupérons nos sacs et continuons la route jusqu’au prochain refuge, quelques 15 km plus loin. Nuit sous les constellations d’étoiles, et nous repartons le 4e jour pour la partie finale de la randonnée et la découverte des fameuses tours. Arrivée au campement sans encombres, le soleil est de la partie et la marche se fait facilement d’autant que les sacs sont presque vides de nourriture. J’attendrai le lendemain matin pour découvrir ces montagnes aux formes inattendues, à mesure que le soleil se lève. Pas un nuage. Petite déception tout de même, nous n’aurons pas droit aux couleurs rouge orange se reflétant sur les tours comme sur les cartes postales. La photo ci-contre est en fait un généreux don de Raphaël qui restera une nuit de plus et y aura droit le matin suivant (aucune justice!). Mais même sans la lumière le tout est magnifique (et froid!) et aura valut les 4 jours que ça nous a pris pour les voir, et la dernière nuit ou le thermomètre est quand même descendu à -5.

Petit coin de Patagonie

Petit coin de Patagonie

Après la vue des tours, temps de plier bagage et de se remettre en route pour Puerto Natales que nous rejoignons en milieu d’après midi. La première bière et le repas du soir sont un véritable soulagement, l’ambiance est joyeuse autour de la table dans notre charmante auberge. Guillermo se joint à nous et nous festoyons gaiement – pas trop tard quand même, on est bien claqués et les feux s’éteignent peu avant minuit. Nous aurons couvert en 5 jours de marche un peu plus de 100km, pas si difficile du fait de conditions climatiques clémentes.Le lendemain, journée libre pour nous remettre de nos émotions, et le suivant notre petite troupe se met en route pour Punta Arenas, point le plus au sud de mon voyage au bord du détroit de Magellan, d’où nous allons nous séparer. Je rentrerai le lundi matin à Puerto Natales afin d’embarquer sur le ferry qui me ramènera à Puerto Montt et marquera un virage important de mon voyage puisque pour la première fois en presque 6 mois, je ferai route vers le Nord. De là il me restera un peu plus d’un mois avant ma remontée finale vers Quito en Equateur d’ou je m’envole le 6 mai. Le programme reste encore à finaliser, les 4 jours de traversée au milieu des fjords de Patagonie me laissent largement le temps d’y penser…

Tortel – bout du monde…

Tortel - au détour d'une passerelle

Tortel - au détour d'une passerelle

La prochaine ville au sud se prénomme Cochrane et mis à part une route absolument magnifique longeant les glaciers et sommets à 3,000m, la ville en elle-même est sans grand intérêt. J’y arrive après 8h de route, pour repartir le lendemain pour le prochain et dernier patelin sur la carte avant Villa O’Higgins, Tortel…

Les Fjords autour de Tortel

Les Fjords autour de Tortel

Dans le bus, ou plutôt devrais-je dire mini-van, je fais la connaissance de Charles, un parisien fou de Patagonie qui a finalement fait le grand saut. Nous voyagerons ensemble bien au-delà des contrées chilienne et rapidement une grande complicité s’installe. C’est avec lui que je rencontrerai Tortel et tous les charmes de ce petit hameau perdu dans les montagnes et fjords de la Patagonie. Après 3h de route, nous arrivons à destination.

Tortel!

Tortel!

Tortel, Tortel, Tortel… par ou commencer… ville de 500 habitants coincée au fond d’une vallée de fjords et glaciers complètement inhabitée. Avant la construction de la route en 2003, impossible d’y accéder autrement que par avion (un gros coucou de 6 places) ou par voie d’eau avec un bateau assurant le ravitaillement tous les 4 mois. Particularité, les maisons sont construites à flan de montagne et sont reliées uniquement par… des passerelles de bois. On oublie le concept de la route, il n’y en a pas. Tout le village est donc relié par ces longs chemins de bois qui sillonnent la montagne et longent une eau de glacier d’un vert azur. Pour ceux qui ont vu « La grande séduction », l’esprit est le même. On pourrait penser que faire le tour est rapide… erreur! Il nous faudra un bon 45mn pour couvrir le patelin d’un bout à l’autre, et déboucher sur une magnifique plage à l’entrée du fjord, secondée par un camping (inondable SVP). Selon nos calculs savants, on en a pour un bon 4km de marche pour rejoindre les dernières maisons. Pas mal pour un trou paumé!

Une des nombreuses passerelles

Une des nombreuses passerelles

Munis de nos gros sacs, nous nous mettons à la recherche d’une auberge pour accueillir nos âmes pleine d’émerveillement devant ce petit trésor bien gardé. Petit passage à Yellowsur, auberge qui se dit offrir tous les services requis par deux backpackers comme nous, rapidement disqualifiée quand nous découvrons l’intérieur en état avancé de délabrement et la chambre pour deux personnes laissant un bon 15cm entre les lits (et je reste gentil). Merci mais non merci. Nous continuons notre avancé et transpirons à forces de marches alors que le village se révèle à nous… dans toute sa longueur! Finalement nous arriverons à l’auberge de Louisa, chaleureuse et sympathique. Après une négociation acharnée et s’être fait expliqué que «Si senor,  yo tengo que cargar diez mil, no menos… » avec une douce voix de négociatrice avisée, nous nous en tirons pour 8,000 pesos, pas si mal. Nous investissons nos quartiers et décidons qu’il est temps de renflouer l’estomac. Nous allons donc à l’un des seuls restaurants, le Mirador, et dégustons pour notre plus grand plaisir l’un des meilleurs saumons qu’il nous ait été donné de manger, directement pêché dans la rivière Baker qui se jette dans le fjord. Un vrai délice. Le reste de la journée est passé à déambuler et profiter des derniers rayons de soleil qui se posent doucement sur les montagnes alentours – la lumière est un peu pourrie pour la photo (dixit Charles), mais c’est quand même ravissant.

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Fin d’après midi, nous découvrons deux nouveaux locataires d’âge mûr d’origine allemande dans notre repère de pirate. La première rencontre est sympathique, nous écoutons le meneur du groupe (de 2) nous expliquer comment il y a 20 ans, « there was nobody! nobody! », de nous raconter ses péripéties dans la région et nous parler des glaciers alentours. Je pense qu’on y aura droit au moins 5 fois en 24h, alors que notre ami va chaque fois manquer de s’étouffer tellement il est essoufflé et s’excite. Pendant ce temps son compère Paulo reste ma foi très mystérieux et silencieux, on voit quand même les yeux bouger de temps en temps nous rassurant sur son encéphalogramme. OK, j’avoue que deux trois fois on l’a presque secoué pour voir s’il bougeait encore… Son compère quant à lui n’a de cesse de crier de manière incessante son nom, ça donne des « Paulo!!! » qui raisonnent le long de nos chères passerelles, et nos oreilles par la même occasion…

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Histoire de finir la journée en beauté, nous allons faire du ravitaillement au magasin du coin (qui ouvre à 16h, on déconne pas avec la sieste par ici) et rencontrons deux belges qui ont établit leurs quartiers dans le camping dit « inondable », fameuse idée quand on sait que Tortel se tape de la pluie à peu près tous les jours de l’année. Et Marino de s’exclamer à chaque deux phrases « c’est vraiment d’l'abus! ». Ils sont venus passer quelques jours et sont maintenant là depuis quasiment 2 semaines, vivant dans l’angoisse d’une pluie abondante et soudaine, mais trop flemmards pour bouger. C’est qu’à Tortel, y’a de l’inertie! Nous passerons un moment avec eux le soir dans leur petit nid de Damoclès, et profiterons d’un paysage qui laisse rêveur, les montagnes enneigées éclairées par le scintillement des étoiles et une lune presque pleine laissant les passerelles se dessiner sous nos pieds. Moment de contemplation, nous sommes heureux.

Le Javier

Le Javier

Deuxième jour, réveil relax et douche avec vue sur le fjord (la mère Louisa fait décidément bien les choses). 11h, Charles fait un peu d’internet (je sais! Internet au bout du monde!) pendant que je suis posé sur… une passerelle (pas vraiment le choix mais c’est très plaisant, je recommande) à gratter de la guitare. Et là, la rencontre de l’année va arriver, je vois Javier s’approcher et me saluer, salut retourné illico, et s’attarder sur ma guitare avec un regard qui en dit long. Pas besoin de s’épancher dans les politesses, je lui passe l’engin et le voilà qui s’excite sur les cordes avec un certain talent. Il voit que ça me plaît, propose de me jouer SA chanson de Tortel, et s’exécute de manière magnifique. A tel point que je prend mon ipod et l’enregistre – vous pouvez d’ailleurs en profiter en écoutant l’enregistrement en ligne. Très rapidement nous sympathisons, Charles nous rejoins, et il est convenu que nous lui rendrons une petite visite de courtoisie le soir même avec de quoi rafraichir les gosiers. Le reste de la journée est assez similaire au premier à quelques variantes près, et nous finissons l’après-midi avec la rencontre de Michelle, qui loge dans l’auberge de Javier (le monde de Tortel est vraiment petit!).

Javier le cuistot

Javier le cuistot

Javier qui se révèle un bon cuistot, et nous fais (surprise) du saumon (je sais, vous l’attendiez pas celle là). OK, il est surgelé et ça vaut pas celui de Sylvia (du resto Mirador), mais c’est quand même très bon et convivial. Nous retrouvons avec un plaisir… discutable nos deux allemands qui sont chacun armé d’une brique de la piquette locale, le fameux « Clos ». L’air de rien ils vont se l’enfiler leur litre de vin chacun, avec des verres à bières remplis à rabord. Même le Paulo montre une activité motrice (à défaut de cérébrale – pas qu’elle existe pas, mais on en a pas vraiment été témoins) particulièrement assidue lors du remplissage et vidage du verre. Ça finira avec de grands cris ponctués de « 20 years ago!!! », « Hey french man! » (ça c’est moi, il a pas vraiment compris que j’avais un nom… mais pour sa défense il se souvient tout de même de mes origines), et de grands coups de poing sur la table. Notre Javier national fait mine de ne pas faire attention et s’empare de la guitare pour nous enjouer la soirée de ses contes et légendes de Tortel. Un superbe moment en bonne compagnie qui se termine dans les vapeurs de vin bon marché et les cordes qui raisonnent dans notre tête. Temps de mettre la viande au torchon, nous attaquons demain matin LA randonnée de Tortel avec Javier et Michelle.

Pause Pisco Sour!

Pause Pisco Sour!

On se retrouve à 10h et nous voilà partis pour la randonnée. Presque. Nous suivons notre joyeux Javier qui fait tout de même un dernier arrêt au magasin fraichement ouvert et prend de quoi adoucir notre épopée. Un pack de 6 bières, non en fait on va en prendre deux de plus (faudrait quand même pas manquer en chemin), et des clopes pour faire bonne mesure. On se regarde avec Charles, « il est complètement fêlé le mec! » :) . Javier nous arrête tous les 30 mètres pour nous raconter l’histoire de Tortel et les potins de tel ou tel habitant, la sortie du village est colorée. Après un gros 15mn de marche sur le sentier, temps de faire la première pause. Ouverture de bière, cigarette… il est 11h. Et Javier s’en donne à cœur joie, et n’en finit plus de raconter des histoires qui sont finalement assez banales mais son enthousiasme et sa bonne humeur nous laissent pendus à ses lèvres. 30mn plus tard, temps de se remettre en route. On marche un autre 30mn, et il est temps de faire la prochaine pause. À la troisième, on a droit à un bon Pisco sour accompagné de sandwichs qu’il a concocté à notre insu avant de partir – adorable ce Javier. Nous pouvons ce faisant admirer une vue panoramique du village et des fjords alentours, une pure merveille. Le reste de la randonnée sera à peu de choses près le même enchainement, les histoires se rallongeant tout de même à mesure que l’alcool fait son effet sur notre hôte (et nous-même d’ailleurs). Bref on mettra un bon 5h à faire une randonnées de… 2h. On s’évitera le calcul douloureux de la vitesse moyenne, très légèrement faussée par les « quelques » pauses sur le chemin. Belle performance!

Aux abords du village

Aux abords du village

Histoire de conclure cette belle journée et parce qu’on l’a quand même bien mérité, nous décidons avec Charles de se soigner au saumon de Sylvia – pas tous les jours qu’on peut manger du saumon sauvage du Rio Baker tout de même! Le ventre est plein et les souvenirs fusent, Tortel fut un grand moment du voyage pour nous deux. Rien qu’à se remémorer ces trois jours, on en peut plus de rire – quelle découverte. Le lendemain est le temps du départ et après un au revoir chaleureux avec Javier, nous voici de nouveau sur la route cette fois en direction de Villa O’Higgins d’où est censé partir un bateau dans 2 jours pour nous faire passer la frontière vers l’Argentine et El Chalten.

Vue du village

Vue du village

Petite parenthèse pour vous parler du transport. Car dans ces régions reculées, ben c’est pas gagné. Nous arrivons à Tortel le lundi. Le prochain bus de Tortel à Villa O’Higgins est le mardi en après-midi, le suivant la semaine suivante. Le problème est que Charles et moi accrochons bien sur Tortel et on se verrait bien passer quelques jours (nous y passerons finalement 3). Faire du stop, on oublie, les voitures n’existent pas. Après avoir longuement discuté avec Diego fraichement réveillé de sa sieste (peu importe l’heure de la journée, nous le vérifierons après une étude scientifique et des visites aléatoires à intervalles réguliers), nous réalisons que c’est pas gagné. Son travail de chargé touristique consiste à distribuer des fascicules. Si on pose une question, il l’ouvre et découvre avec nous son contenu, très utile. Il a quand même une bonne tête le Diego, avec Charles on l’aime bien. Finalement nous découvrons quand même qu’il y a un bus qui passe à 20km de Tortel et rejoins Villa O’Higgins. Faut maintenant juste trouver un moyen de se rendre à l’intersection pour attraper le bus. Javier nous conseille alors de prendre contact avec Pépé (le papa de Diego – vraiment un petit monde!), qui a un pick-up et pourrait nous emmener au croisement moyennant une maigre rémunération de… $30! Ben faut savoir ce qu’on veut dans la vie. Finalement on y arrive, mais c’était du sport. Mon Charles est rassuré, nous allons pouvoir attraper le bateau de samedi et passer en Argentine à la date prévue.

Villa O'Higgins

Villa O'Higgins

7h plus tard et une bonne dose de poussière plus loin, nous arrivons à Villa O’Higgins, dernière étape chilienne. Nous allons loger à l’auberge El Mosco et rencontrer son propriétaire, Jorge, complètement excentrique le pauvre. Le coin est paumé (original) et la ville énorme (500 habitants). La place d’arme (comprendre place principale du village) comme de juste fait la moitié du village. Les gens sont sympa. Le soir, on rencontre César, capitaine du bateau que nous devons prendre dans deux jours, qui nous invite gentiment à nous joindre à lui pour aller à la pêche à la truite histoire de bien conclure la journée. Nous rentrons avec 3 superbes truites (pas grâce à moi je vous rassure) que Jorge va nous faire au BBQ, un vrai délice! Samedi arrive, temps d’embarquer sur le bateau qui nous fait traverser le lac O’Higgins. Nous arrivons à la douane chilienne, obtenons notre tampon de sortie, et une autre aventure commence, la marche.

Traversée du lac O'Higgins

Traversée du lac O'Higgins

Nous devons marcher un bon 22km pour atteindre la frontière argentine, d’où nous prendrons un bateau et une navette qui nous ramèneront à la civilisation. Après maintes tergiversations, nous décidons avec Charles d’attaquer la randonnée avec nos sacs et déclinons la navette. Nous voici donc partis par un soleil de plomb avec notre sac (et guitare dans mon cas) sur le dos. Le tout commence par une ascension de 400m de dénivelé sur 6km avant de rejoindre le plateau d’où nous apercevrons de loin le Fitz Roy, majestueux au fond de la vallée (nous en ferons la montée – voir le prochain post). Nous transpirons à grosses gouttes mais la balade est chouette, et après un bon 4h de marche, rejoignons le lac Desierto qui marque le passage en Argentine. Grosse déception, le ferry censé nous amener à El Chalten ne nous a pas attendu (vraiment vexant!). Consolation tout de même, nous campons à deux pas du poste de douane au bord du lac, avec en vue de fond le Fitz Roy. C’est beau. Le lendemain, nous rejoignons finalement la civilisation comme prévu qui marque la fin de notre superbe épopée sur la carretera austral. Que de souvenirs, définitivement un morceau de choix de mon voyage.

Javier et le fiston

Javier et le fiston

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Carretera austral – l’aventure!

Sur la route de Cochrane

Sur la route de Cochrane

Me voilà donc sur la route pour la Patagonie, pays des fjords et glaciers, du froid et du mauvais temps. Deux possibilités, aller au sud par la fameuse route 40 en Argentine, ou bien tracer au Chili et descendre la carretera austral. Cette dernière m’a été décrite comme étant complètement paumée, avec un chemin forestier pour toute route et traversant des villages de pionniers supposés sans intérêt. Le tout arrosé d’une pluie abondante et incessante, avec des bus à fréquence aléatoire. Bref, on sait quand on part mais dur de dire quand et ou on arrive, ni dans quel état. Cette description alléchante finit de me convaincre, je vais prendre le chemin des écoliers, long tout de même de plus de 1,200km. L’aventure démarre donc de Futaleufu, petit village perdu dans les montagnes bordant la frontière chilienne – à une journée de voyage depuis Bariloche.

Du stop en musique

Du stop en musique

Descente du bus, je me renseigne pour savoir à quelle heure part le prochain bus pour le sud. Question mal posée, quel JOUR part le bus… 2 jours d’attente – ca commence bien! Jamais fait de stop, c’est le temps donc d’essayer. Les locaux me regardent bizarrement mais je ne me démonte pas pour autant. Je mets donc mon barda sur le dos et me voilà au bord de la route à attendre le prochain bon samaritain. Qui ne se fait pas attendre, j’attends 10 minutes et voit Manuel s’arrêter avec son pick-up. Il peut me descendre jusqu’à Santa Lucia à 120km au sud, c’est déjà ça de pris. Après une descente en mode « rally » au milieu des montagnes et lacs, la route est absolument magnifique, je découvre Villa Santa Lucia, paumée au fond de la vallée avec des maisons de brocs et un bon 300 habitants – ok, 250. Pas de problème, je me pose au bord de la route, il est midi et après mon premier succès de la journée, je me sens en veine. Mon pouce reste levé un bon 15mn, pas de voitures. Je me décide à m’asseoir. 45mn plus tard, toujours pas une voiture, je sors la guitare et Pink Floyd s’en donne à cœur joie. Au bout d’une heure, 1 voiture passe (WOW). Je me dis qu’elle est pour moi, je l’ai tout de même bien méritée. Ces ingrats ne vont même pas s’arrêter, plutôt ils vont me recouvrir d’une légère poussière ocre. Mais rien n’y fait, je suis motivé! Inutile de préciser que je suis en plein cagnard sans crème solaire (finie la veille), la faim me tenaille l’estomac. L’excitation du départ commence à faire place à une attente frustrante. On dit souvent que faire du stop est fonction de la bonne volonté des gens, ça fonctionne… quand il y a des voitures! Je rencontre Jolly Jumper, pauvre cheval errant sur la route, quelques vaches me regardent avec leur tronche brillante d’intelligence, et je me débat avec la horde de temps qui sont parait-il très populaires en Patagonie (et tenaces les salopiauds).

Villa Santa Lucia

Villa Santa Lucia

2 heures et demi… ras le bol je me dirige vers le magasin du village. Le prochain bus est le lendemain matin, probablement plus sur pour arriver quelque part. Je pose donc mes affaires, sors ma guitare et nous passerons avec le propriétaire du magasin et la horde de gamins du village le reste de la journée au bord de la route à compter les voitures (sur les doigts d’une main quand même), jouer de la guitare et vider des bières. Finalement toute une expérience et l’imprévu du voyage, les gens sont absolument adorables et nous partagerons un très bon moment. La mama me préparera un dîner digne de ce nom avec riz, saucisse et salade de tomates (papa, un vrai délice), et nous finirons la journée sur quelques accords de guitare et le sourire des enfants contents d’avoir de la compagnie. Après une bonne nuit de sommeil pour cuver les bières et me remettre de mes émotions, temps de remettre les voiles au sud. Objectif, rejoindre Coyhaique d’ici la fin de la journée (oui Charles, LE Coyhaique), point central de la carretera austral. Je reprend mon poste au bord de la route, cette fois rempli d’espoir par le bus. Une voiture arrive, à tout hasard je lève le pouce, et la voiture s’arrête! Je fais la connaissance de Julio (Argentin) et Anne-Hélène (Française) qui proposent de me descendre 100km au sud à Puyuhuapi, petit village de pêcheur. De là je me dis que je pourrais toujours attraper le bus pour descendre plus au sud, et en plus faire leur connaissance. J’embarque. Nous partons rapidement dans des discussions passionnantes et variées, ponctuées d’arrêts le long de la route histoire de faire quelques photos et profiter du paysage et du temps (toujours grand beau – est-on vraiment en Patagonie?!). Prochain arrêt, nous manquons de nous faire renverser par LE bus qui arrive à toute berzingue en sortie de virage. Oops, on oublie donc d’arriver à Coyhaique en fin de journée, va falloir réajuster les plans.

Anne-Hélène et Julio

Anne-Hélène et Julio

Nous arriverons finalement à Puyuhuapi pour un déjeuner tardif et poussons un peu après le village au restaurant des eaux thermales, petit coin de paradis fleurit au bord du lac. Vous prenez un superbe lac suisse entouré de montagnes, enlevez les touristes, les grands chalets au bord de l’eau, les bateaux et autres embarcations nautiques, et vous y êtes. Charmant! Après le déjeuner et une bonne dose de soleil, mes deux compagnons ne sont pas fatigués de moi (je sais, incroyable!) et me proposent d’aller voir le glacier voisin avec eux. Cool! Après une marche de 45mn, que nous essayerons de couvrir en 30mn – sans succès, nous pouvons finalement admirer mon premier glacier perché dans un col et source de maintes cascades. C’est un régal, beau, magnifique, les mots manquent. Temps de redescendre, Anne-Hélène décide de prendre les choses en main et nous courrons avec Julio derrière elle histoire de tenir le rythme – insoutenable! Ces derniers ont décidé de poser la tente au pied du glacier, il est temps pour moi de les remercier chaudement après une journée inattendue en excellente compagnie, récupérer mon barda et de faire le chemin vers Puyuhuapi histoire d’y passer la nuit. Il est 20h – j’ai 20km à couvrir en passant par l’autoroute locale (toujours autant de voiture, ça en donne le vertige). Le soleil se couche, je mets mes écouteurs et commence ma marche vers le village.

Mon premier glacier!! :)

Mon premier glacier!! :)

Le soleil couchant se découpe sur les montagnes, l’air est frais mais agréable, la musique parfaite, je suis heureux. Aucune idée de quand je vais croiser une voiture ni ou et quand je vais dormir, mais peu importe je me laisse emporter par la magie du moment. 45 minutes plus tard, toujours pas vu une voiture, mon barda pèse une tonne et le soleil a presque finit de se coucher (malgré mes espoirs que le soleil couchant ne se couche finalement pas complètement, beaucoup plus beau). Ma bonne humeur naïve vacille peu à peu, mais pas grave, je dormirai au bord de la route s’il le faut, j’en mourrait pas. Après réflexion, j’ai rien à manger, ça c’est moins cool. Finalement après une heure à errer sur la route et le dos en morceau – que vois-je… des phares de voiture! Je me pose sérieusement la question de ne pas l’arrêter et de profiter de la nature environnante pour passer la nuit et poursuivre l’aventure jusqu’au bout… mais à la réflexion… non, quand même pas exagérer tout de même! Je m’arme de mon sourire le plus charmant, la voiture s’arrête (sauvé!), et je réalise avec plaisir qu’il s’agit du gardien du parc du glacier qui me propose de passer la nuit chez lui. La nuit est tombée, on se les pèle grave, la proposition est donc acceptée avec plaisir (presque même du soulagement au grand dam de ma fierté d’aventurier). L’arrivée au village se fait une demi-heure plus tard (je vous raconte pas si j’avais dut me taper tout çà à pied, l’enfer…), je m’installe dans mes quartiers, quatre murs avec un matelas (un vrai paradis après la perspective de dormir au bord de la route… ok j’y ai pas vraiment crut pas, mais l’idée m’a quand même traversée l’esprit). Quelques tranches de salami jetées sur du pain, une bière, mon sac trempé (pas vu qu’il pataugeait dans l’eau pendant mon dîner de fortune au bord du lac), et me voilà au dodo après une journée ma foi assez surprenante et sympathique. OK j’ai pas beaucoup avancé au sud mais la rencontre de Julio et Anne-Hélène et nos interminables discussions furent un vrai régal – que nous comptons d’ailleurs poursuivre au bord du lac Puelo proche de Bariloche, ou ils habitent.

Ponton de Puyuhuapi

Ponton de Puyuhuapi

Je pensais partir directement pour Coyhaique (encore) mais décide finalement de passer une journée de plus avec le peu de pesos qu’il me reste (pas de banque bien entendu) et après un réveil tardif et un semblant de petit déjeuner, me voilà au bout du ponton à jouer de la guitare sur le lac, pour finir en beauté la journée avec un tour de kayak sur le lac sous un grand soleil (vraiment des histoires ce soi-disant mauvais temps en Patagonie…!). Lendemain matin, 7h, me voilà finalement dans le bus en route vers Coyhaique (si si, je vous assure!) que je rejoins vers midi après un voyage absolument magnifique alternant entre lacs et glaciers suspendus, une vraie merveille!

Sur la route de Cochrane

Sur la route de Cochrane

Coyhaique, une journée de vacances histoire de définir les prochaines étapes de l’itinéraire… Et après mure réflexion, je me décide à continuer sur la route des écoliers et de garder le cap au sud. Mon guide me quitte puisqu’il ne traite pas de la partie sud de Coyhaique, je me réfère donc aux dires d’autres voyageurs qui m’ont parlé d’un moyen de rejoindre la frontière argentine et El Chalten par le sud de la carretera austral, partant d’un petit patelin qui s’appelle Villa O’Higgins. De là, il devrait y avoir un bateau amenant à la frontière, et un bon 20km de marche dans les montagnes avant de rejoindre la partie argentine. La fleur au fusil, je repars le lendemain donc pour… le sud. Je sais, je l’ai déjà dit! L’aventure en terre patagonienne continue…

Toujours sur la route de Cochrane - vraiment beau!

Toujours sur la route de Cochrane - vraiment beau!

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Argentina!

San Martin de los Andes

San Martin de los Andes

L’aventure bolivienne se termine donc sur une note grandiose puisque je refais le désert de sel avec l’eau cette fois-ci et c’est un paysage surprenant et presque irréel qui finit mon séjour en beauté. La cerise sur le gâteau. Du désert je passe donc la frontière pour rejoindre San Pedro de Atacama au Chili, d’où je compte me diriger tranquillement vers Mendoza pour rejoindre mes parents et passer avec eux les 10 jours suivants.

Désert d'Atacama

Désert d'Atacama

Petite surprise à San Pedro – petit village au milieu du désert, très mignon mais absolument rien à faire et des prix qui battent les records – les bus vers l’Argentine sont complets pour les dix prochains jours. Donc changement de plans. Avec Jayna qui a décidé de faire un petit bout de chemin avec moi, nous nous dirigeons donc vers la station de bus sans trop savoir quelle sera la prochaine destination, et allons innover en matière de prise de décision. Nous décidons d’ignorer ce que peut dire le guide, et nous adressons simplement au premier couple de touristes en leur demandant où ils vont. Tiens, des Français. Et ils nous disent Arica, nous leur demandons si c’est bien, ils nous disent que c’est censé être sympa, nous nous consultons brièvement des yeux, hochons tous deux la tête, c’est donc là que nous irons. Bon c’est à 12h de San Pedro et au nord, donc dans la direction opposée de Santiago et Mendoza où je dois retrouver mes parents, mais qu’à cela ne tienne c’est là que nous irons. Le soir nous voilà donc en route pour cette grande ville côtière ma foi fort sympathique et pas trop touristique (grand changement de San Pedro). Nous passerons quelques jours très sympathiques à alterner entre plage et balades sous un soleil de plomb.

Deux parents en Argentine

Deux parents en Argentine

Le dimanche, temps de se remettre en selle pour le sud cette fois-ci, et c’est un 30 heures de bus qui m’attend pour rejoindre les parents à Santiago. Au point ou j’en suis… Et finalement ça se fait très bien, la route est superbe puisque je longe la côte tout le long, et les bus là-bas sont de vrais palaces roulants. Bon je concède que je suis tout de même heureux d’arriver d’autant que je revois mes parents après 6 mois depuis la dernière rencontre. Nous fêterons d’ailleurs les retrouvailles en grandes pompes au restaurant de viking du coin avec une viande exceptionnelle, le tout bien entendu arrosé de l’élixir local. Le lendemain nous nous mettons en route pour Mendoza en bus, un bon 5 heures dans un paysage superbe. Nous frôlerons des yeux le mont Aconcagua, plus haut sommet d’Amérique du sud culminant tout de même à un bon 6,9962m (respectable vous en conviendrez). Et le lendemain de notre arrivée en territoire argentin, nous voici sur la route en direction du sud dans notre carrosse local, une magnifique Chevrolet Corsa grande comme une boite à sardine roulante. Je vous passerai les « elle est vraiment très con cette voiture » du pater qui jalonneront la route… Clairement Chevrolet n’est pas allemand! ;)

En route...

En route...

Nous ferons ainsi 2 jours de route avec tout de même de belles étapes gastronomiques histoire de valider la réputation du boeuf argentin et du vin, et se remettre de ces longues tranches de route dans un paysage principalement de steppes. Pour faire bonne mesure, nous alternerons entre bitume et pistes de terre – cette dernière particulièrement dangereuse pour notre gomme de formule 1. Cela dit papa fait ça avec style puisqu’il attendra de se retrouver dans un centre urbain de taille importante (au moins 5,000 habitants!) avant de crever, facilitant ainsi la réparation et minimisant le temps d’attente. Nous aurons le plaisir de affaire avec « Jo rapido » qui effectivement nous fera le nécessaire en un temps record de 10mn. Nous revoici sur la route donc pour conclure un bon 1,500km, trois jours plus tard. Nous arrivons finalement à San Martin de los Andes dans la région des lacs, juste au-dessus de la Patagonie.

Aux alentours de San Martin

Aux alentours de San Martin

Pour inaugurer l’endroit et fêter la fin du trajet (un peu longuet quand même, bien que la compagnie soit tout simplement exceptionnelle), nous nous faisons un restaurant à Parilla (comprenez BBQ) servant de petits steaks de 400g (les formats réguliers font 800gr – nous aurons la décence de ne pas demander la taille des gros formats…). Sur ce nous nous trouvons un repère de bandits tout en bois et nous mettons en quête de… légumes! Bon c’est pas brillant mais on y arrivera quand même. Ce soir, c’est salade – quand même pas abuser, 500gr de viande par jour ça suffit! Nous nous émerveillons également devant le spectacle qui s’offre à nous. San Martin est une colonie d’étrangers qui voyant le paysage de montagnes, lacs et forêts, ont décidé de faire une mini-suisse en Argentine. Le contexte s’y prête, il manque simplement les chalets en bois et autre artéfacts typiques (genre des châteaux et autres excentricités de gens simples), et c’est bon, on s’y croirait. Sérieusement la ville est très mignonne et soignée, au bord d’un lac et au milieu d’un paysage tout simplement à couper le souffle (oui encore un!). Ça ressemble aux Alpes mais la végétation change, les lacs se suivent et ne se ressemblent pas, et le tout reste très sauvage.

Le volcan Lanin

Le volcan Lanin

Nous passerons ainsi les trois jours suivants à se balader et profiter de ce magnifique spectacle de nature sauvage. J’aurai beau essayer de convaincre mes parents de faire trempette, sans succès, ils sont catégoriques. Le tout alimenté de grandes discussions sur tous types de sujets, un plaisir dans un contexte qui se prête à l’échange et l’ouverture. Nous irons également admirer le volcan Lanin qui a façonné les montagnes et lacs de toute la région au fil de quelques (millions) d’années. Sommet conique impressionnant recouvert de neige. Maman est aux anges. Pour les lamas par contre, on repassera…

Parilla en cours de réalisation

Parilla en cours de réalisation

À la fin du deuxième jour, nous nous lancerons avec papa dans l’allumage de notre premier barbecue argentin – très différent et beaucoup plus technique, il va sans dire. Après de maints efforts, et la section politique, sport et économie du journal local, nous ferons de magnifiques braises dignes (attention, faut que la braise soit vraiment blanche – hyper important!) d’accueillir nos « ojos de bife » fraichement pêchés à la boucherie du coin (qui a un nom assez cool bien que je l’ai oublié – maman?). Un franc succès.

:))))

:))))

Nous conclurons le tout par une belle balade sur la route des 7 lacs (du marketing, puisque la route en compte en fait 8 – mais 7 ça fait mieux c’est certain), qui n’en finit pas de surprendre et d’émerveiller. Des paysages absolument grandioses qui ravissent tous les sens. Viens finalement le temps de se séparer, les parents reprenant la route de Santiago et moi me dirigeant (doucement quand même, on va pas se stresser tout de même) vers le sud avec un premier stop à Bariloche. De là j’attaque la Patagonie, un des points culminants de mon voyage. Cette semaine en excellente compagnie fut un vrai plaisir et un temps privilégié, et une belle coupure du reste du voyage. Un gros merci donc à vous deux chers parents pour votre visite et votre accueil même à des milliers de KM de la maison, ce fut absolument génial!

Petite parenthèse pour conclure sur le contraste entre le Chili et l’Argentine, et la Bolivie. Outre les prix qui sont (pardonnez l’expression) DEBILES (ok, je partais perdant avec la Bolivie, mais quand même), on change littéralement de monde. Tant au niveau des infrastructures (j’ai redécouvert les bienfaits de l’asphalte) que de la culture et des gens, il y a un vrai fossé difficile à réconcilier avec le passage d’une simple frontière virtuelle. La Bolivie en vient d’ailleurs rapidement à me manquer de par son dépaysement et sa culture principalement indigène. Mais cela fait partit du voyage et c’est intéressant de s’interroger sur les raisons qui ont amorcé un tel différentiel entre des pays pourtant voisins… Allez, sur ce on se revoit du côté de Bariloche!

Zapala

Zapala