Vue du bateau

Vue du bateau

Navimag. Le nom de notre palace flottant qui va nous permettre de rejoindre Puerto Montt à partir de Puerto Natales. 3 jours de traversée au total dans les vertigineux fjords de la Patagonie du sud, pour la plupart totalement déserts. Nous embarquons le soir, suivi de peu par un véritable troupeau de vaches entassées dans des camions. Triste vision de ce que nous faisons de ces chers animaux, ok pas très doués à la base, mais tout de même.

J’arrive dans ma cabine et découvre mes 3 compagnons des prochains jours, vois la taille de la cabine, lilipucienne en soi, et de m’exclamer que pas très grand, mais franchement pour tout juste $150, on peut pas vraiment en demander plus (le prix régulier est de $330). Là mes chers amis me regardent des poignards dans les yeux, la collocation débute. OK j’ai payé le même prix que tout le monde, mais juste de voir leur tête était exceptionnel. Je rencontre également Raphaël et Delphine, deux amis suisssses que j’avais déjà croisé lors de ma traversée héroïque du Torres del Paine. Rapidement l’ambiance se met en place, les 4 prochains jours promettent. Réunion du soir histoire de savoir ou on va et nous prenons chacun nos quartiers respectifs. Le bateau est bien fait, une grande salle réfectoire, un bar en haut et une terrasse extérieure histoire de prendre l’air (la pluie et le vent aussi).

Navimag, le bateau

Navimag, le bateau

Le lendemain, nous découvrons un paysage absolument splendide, les fjords s’étendent à perte de vue, les loups de mer nous font de grands signes et les dauphins (oui Delphine, des dauphins!) s’en donnent à coeur joie sur les flancs du bateau. L’équipage a à coeur de rendre la traversée agréable et entre les blagues vaseuses de notre « animateur », nous avons la chance de voir quelques films ce qui change un peu la routine. Pour le reste, contemplation du paysage aux côtés de la cabine de pilotage, un peu de guitare pour faire bonne mesure, bonnes rigolades version suisse à coup de simplet et de guyerrrrrrre (yep, j’attends ma fondue!).

Delphine, Raph et moi

Delphine, Raph et moi

Deuxième jour de traversée, nous prévoyons de faire un arrêt d’une heure à Puerto Eden, littéralement le seul village (si on peut même appeler ça un village) sur toute la longueur de notre voyage (+ de 2,000km). Un peu dans le même style que Tortel, un succession de maisons plantées à fleur de montagne et bordant le fjord, relié uniquement par de sympathiques passerelles de bois. La veille pendant la présentation rapide de l’excursion, mon sang ne fait qu’un tour et je décide d’aller y passer une semaine, jusqu’au passage du prochain bateau (inutile de préciser que la route n’existe pas et que seul les bateaux de Navimag assurent le ravitaillement et le transit des voyageurs). Bref je vais voir le capitaine en second qui finalement m’annonce que ce ne sera pas possible car les autorités m’attendent à Puerto Montt (un paranos les mecs parfois…). Mes rêves d’aventure sauvage tombent à l’eau, je n’aurais pas le plaisir d’annoncer à mon Charles national que je me suis fait 1 semaine en hermite dans un trou paumé de la Patagonie qui ressemble à Tortel… Je me rattrape tout de même pendant la visite en accostant un pêcheur sur un passerelle, qui nous vendra gentiment un bon kilo de crabe, et la même chose de coquilles St Jacques. Arrivée sur le bateau, notre cuistot national avec qui nous avons sympathisé nous propose de nous faire le crabe le lendemain soir – c’est pas de la fondue mais quand même top!

Fjords à perte de vue

Fjords à perte de vue

La traversée se poursuivra tranquillement avec mes deux compères, mélange de rigolade, contemplation du paysage (on s’en lassera pas une seule seconde), lecture et autres occupations tranquilles. Beaucoup de gens m’avaient dit que le trajet serait long surtout sur la fin, mais finalement ça se fait tout seul. Après réflexion, ce sera probablement mon contact le plus fabuleux avec la nature, sauvage et complètement vierge. Rien que de penser qu’aucun être humain n’a jamais posé le pied sur la plupart des îles et montagnes alentours donne le vertige. Avant dernière nuit, nous passerons en mer ouverte, Delphine en fait des cauchemars, on nous annonce des vagues entre 2 et 10 mètres (selon les jours on s’entend), finalement la traversée sera relativement calme. Et cerise sur la bateau, l’une des vaches donnera naissance à un petit veau, baptisé Navimag compte tenu des circonstances. Hallucinant qu’on laisse monter une vache sur le point d’accoucher dans un bateau, pas forts les mecs…

Bac en direction de Chiloé

Bac en direction de Chiloé

Je pensais filer directement du côté de El Bolson pour aller passer quelques jours chez mes Julio et Anne-Hélène rencontrés en route sur la carretera austral mais me laisse finalement convaincre par Delphine et Raph de les suivre sur l’île de Chiloé pour conclure en beauté mon passage au Chili. Nous descendons du bateau et prenons directement la route pour notre prochaine destination. L’aventure continue!

Arrivée sur Castro

Arrivée sur Castro

3 heures de bus, et nous voici à Castro, capitale de notre petite île. Après une après-midi tranquille et un bon steak le soir, nous décidons le lendemain de prendre la route pour un petit point sur la carte. On sait pas trop ce qu’il y a à voir mais l’aventure nous transporte (surtout Delphine, qui nous bassine pour se taper des KM à pieds avec tout le barda!). Bref nous débarquons en milieu de journée dans le patelin de Cucao, le point identifié plus tôt sur la carte, demandons s’il y a une auberge au bord de la plage (imaginez, le pied), répondu par l’affirmative mais sans plus de précision. Donc avec tout notre matos nous voici qui terminons le chemin à pied. Rencontre de locaux, nous leur demandons à quand la prochaine auberge, réponse évasive qui a l’air de dire non, Raph et moi sommes motivés et promettons à Delphine qu’on rentre en voiture si jamais on trouve pas chaussure à notre pied. Bref au bout d’une bonne heure de marche, nous sommes toujours au bord de la route, la plage pas très loin, et toujours pas d’auberge. « OK Delphine, on va rentrer… mais c’est toi qui fait du stop! ». Jouant de tout son charme, elle va réussir à arrêter la première voiture qui nous ramènera au patelin local. De là nous prenons une chambre dans l’auberge et restaurant du village, un flamboyant bâtiment vert au bord de la route qui tient on ne sait trop comment, mais l’accueil et sympathique et l’odeur de poisson parfume toute la battisse. Vivement le souper! Temps de se reposer un petit coup, armé de bières et chips, nous nous mettons en quête d’une plage, un peu l’objectif de la chose quand même. De là apéritif en règle avant retour dans notre palace histoire de profiter des empanadas locales, belle surprise si on considère les attentes initiales (sous-terraines!). Un dernier coup de Clos (oui Charles, j’ai trinqué à ta santé t’inquiète) et nous voilà au lit.

La côte pacifique de l'île de Chiloé

La côte pacifique de l'île de Chiloé

Lendemain matin, nous décidons de tenter l’aventure et rejoindre la plage de Cole-Cole, supposémment magnifique et à « seulement » une vingtaine de KM. Provisions dans le sac, nous nous remettons en route – sur la même route – espérant rejoindre notre nouveau petit nid en début PM. Que dalle, on marche, ca commence à fatiguer sévère, quand la route devient la plage… Petit pause déjeuner et que voyons nous… un camion!! On fait du stop, il nous embarque, et nous permet de rejoindre le prochain hameau (on ne parle plus de village à ce stade). De là on nous annonce que la plage n’est plus « qu’à » deux heures de marche… y’a un truc qui fonctionne pas dans l’histoire… Mais bon pas grave on continue, traversons un bras de mer à s’en mouiller les chaussures (pour moi, mes deux amis suisses font preuve d’une patience légendaire en enlevant leurs chaussures et chaussettes – et ils garderont les pieds au sec!). Et finalement nous tombons sur ce qui ressemble de très prêt à… un auberge! Nous rencontrons à ce point ci Paulino, le président de la communauté indigène local, qui nous propose de rester dans le refuge flambant neuf, deux étages tout équipe pour nous tout seul et prix modique. On a bien pensé continuer jusqu’à la plage, mais ça a pas duré longtemps. Nous prenons donc possession des lieux et nous reposons de toutes ces émotions.

Le Paulino en action

Le Paulino en action

Les deux prochains jours seront un mélange de balade à cheval histoire de rejoindre la plage (avouez que ça a plus de charme – moins fatiguant c’est sur) et faire quelques galops (pour le plus grand plaisir de Delphine qui biche depuis son canasson), de chanson de Paulino à la guitare au coin du poêle, de rencontres francophone assez… stéréotypique (??) et de bons gueuletons (Raph s’en donne à coeur joie et nous régale). Vous ajoutez à cela le pain fait maison de la mère à Paulino, impossible à comprendre mais avec un merveilleux sourire (pas beaucoup de dents par contre). Bref un petit paradis pendant presque deux jours.

Sur le chemin du retour

Sur le chemin du retour

Dernier jour, temps de se remettre en route vers la civilisation, nous faisons donc route avec Paulino et ses étalons de 1.50m, avec les sacs sur le dos. Je vous raconte pas le passage des bras de mer, de quoi se flanquer à la flotte 10 fois. Mais pas d’accident. Il nous déposera au bout de la plage d’où nous pouvons attraper le bus qui nous ramène à Castro. Bien sur à peine déposer le pied à terre, le déluge nous tombe dessus, le timing est pas mauvais! Après une dernière soirée ensemble dans l’un des meilleurs restaurants de la ville (très belle surprise) histoire de fêter dignement notre quasi-3 semaines ensembles (je sais, ils sont courageux mes deux suisses!), nous prenons le bus du matin à 6h (on est le premier avril, mais c’est pas une blague!) en route pour Bariloce. Le Chili, c’est donc fini, mais qu’est ce que c’était BEAU!!!! Un pays plein d’authenticité, avec des paysages qui laissent rêveur et dépassent l’entendement… et me voilà qui dit au revoir à Delphine et Raph en se promettant de se retrouver très bientôt en Suisse pour partager ensemble la fameuse fondue. Ces derniers vont passer quelques jours à se balader dans le coin, de mon côté je rejoins enfin mes amis Julio et Anne-Hélène rencontrés au Chili pour passer quelques jours à leur chalet proche de El Bolson (3h de Bariloche). Et ça continue…!

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Aoife and I

Aoife and I

Buenos Aires, Tuesday April 27th 2010. 12.30, running after a taxi, rushing to the bus terminal to catch a frightening 68hrs bus ride (no mispells here, we’re indeed talking about a 3-day bus ride non-stop) to Lima, Peru. Along with me is Aoife (pronounce Ifa :) ), a beautiful and lovely girl from Ireland that has decided to spend the next … 3 days with me. As if to remind us that we were on our way to Peru and to break from Argentina and Chile’s legendary punctuality, the bus is 20mn late. Now considering the overall length of the bus ride, not such a big deal right?

We’re prepared. Foods of all kinds (will have to get through the fruits and saucisson before hitting Chile though, freaks about fresh products), sleepy souvenirs from awesome Meredith, and of course a few drops of red wine to make the whole thing slide in more easily. So we get onboard our vessel (not glorious, but it’s been worse – Charles, at least a semi-cama, well sort of), and naturally attract the attention of all the other passengers, peruvians for the most part, looking at us like we’re just crazy (must agree with them). In other words, we’re the only gringos that decided to lose 3 days of their life in a bus versus a 3hrs flight. Sure, that makes sense – this trip is supposed to be about adventure, isn’t it.

First day is quite uneventful, we keep falling in and out of conscioussness (thanks Meredith, you rock!), the road is straight and the landscape passes by quick. Jose, one of the drivers, seems to have a passion for crappy folkloric music, and takes great pleasure in sharing it with us for 5hrs non-stop. Forget about listening to your own music, the sound level makes sure you don’t miss any of that beautiful piece of local culture. First stop around 8pm, to learn that we’d better fill our stomach, our next stop being the following day in the afternoon. OK, so they actually don’t intend to feed us, great. Not that bus food is so exciting in the first place, but still that’s food. We thus enjoy a nice pollo assado, look at our watch (6hrs passed, 62hrs to go) and go back to our respective seats. The ambiance is quiet except for the « best of » DVD of Wesley Snipes blasting through the crappy bus speakers… until 2AM, at which point I get down to the drivers’ cabin and tell them straight to cut the crap and let us sleep. No objection.

Second day follows, not very different from the first. Aoife and I talk, sleep, listen to some homemade musical playlists while enjoying the ride. And Jose, who takes pride into entertaining the crowd, puts in the Rocky series. Never thought I could sit through 4 episodes of it in a raw, quite a performance in itself. For those wondering, he actually gets his ass kicked by mister T in the 3rd episode. But the beauty of it is that you get to see the next part right away, so the hero gets back and wins at the end (yeah!). Our fellow passengers are still quiet, we finally feel like a part of it all. Stop at the argentinian border, the custom agents are breaking records of speed with an average time of 7.5 minutes per stamp, quite sysmetrical for Aoife to her great relief. Chile is just about as fast, and we finally break the ice with some other passengers curious to know what planet we come from. Quick look at each other, we’ve almost gone through half the trip and are still alive and somewhat in a decent condition. Quick thought of Meredith who keeps supporting us despite the distance… And Aoife of course gets her bag checked by custom agents, but this time she did manage not to spill powder milk all over the examination table, always embarassing considering its ressemblance to some undesirable substance when crossing borders. Quick stop to get some food (we might make it after all), and off we go for a second night in our palace on wheels. Our kind Jose even thinks of turning off the movies by 1am, definitely a positive progression in the trip.

Third day – by far the most interesting… yeah I know you’re getting impatient, but we’re getting there! Laborious border crossing to Peru, after what we go for the final stretch of the journey. Only 20hrs to go (wowow!). Stop in Tacna for some food, Aoife keeps being asked if we’re married, and after answering negatively, gets all sorts of proposals punctuated by comments on her beautiful blue eyes (must agree with that) and reassurance that coincidently they are single as well… Amusing. The afternoon is dedicated to salsa education (better than folklor music, but after 3 hrs you still get tired of it). And I did get tired of it, decided to assume my disconfort and stood up to go see Jose and tell him to « please turn it down a bit, we got the picture »). As soon as the others see me up, hands start clapping in the air, the gringo wants to dance!! And then what can you do… so I tried to dance in the alley (struggling, Gwen you would not have been very proud of me, but admit that a bus is not ideal), and after much screaming and encouragement from the crowd, decide to forget trying to get the sound down and go back quietly to my sit. Was kind of nice anyways :)

The party is starting!

The party is starting!

Last stop of the day to satisfy our stomach and for Aoife to try the famous Inka Cola (gross if you want my opinion, tastes like bubble gum). We stock up beers for the night and here we go again, on the bus, the salsa blasting through the speakers (how many fricking hours of that crap does Jose have!!!). And as we leave our last stop and the bus driver gets excited on the cliffy roads of the peruvian coast (scary, good thing it’s dark outside), our new friends get all warmed up. I try to hit the restroom, and once again I’m not in the alley that the whole crowd starts screaming again. They want to see the gringo dance again. And what the heck, let’s do it. So here we go, dancing in the alley, on the sits, everyone is holding on their cameras and the flashes go in all direction. The ambiance is crazy, the people all fired up, the party is started. Small break on my end, quick chat with Aoife and crook smile, eyes lit up on both sides, this is it, we’re going for the big dive. Only listening to our hearts, we stand up as one, signal Jose to shut the music for a few moments, we’ve an announcement to make! All eyes are on us, the tension and excitement in the air is palpable, cameras handy, they know something BIG is coming.

This is it!

This is it!

And that’s when it happened. In my broken spanish and in front of 50 amused faces, I… proposed to Aoife. Yes Vasso, I know what that implies in english ;) . And like music playing in my ears, Aoife said the magical « yes » word, actually « si » as we were in spanish mode. And that was out, the whole bus was screaming and applauding, flashes went crazy, people dancing and singing, others coming to congratulate us. And of course next thing you know, they all started screaming « un beso, un beso!!! », which we completed with an obvious pleasure. And the party went even crazier, happiness spreading like thunder, laughter and amazement only matched by the driver’s obvious enthusiasm making balance hard to achieve. So that was it, in just a moment and a few words, Aoife and I were engaged – beautiful moment shared with beautiful people. Overwhelmed by emotion, we sat down and decided to sheer with a beer, actually two… ok make it three! That’s when we realized we were missing a big part! All that emotion made us forget that an engagement required… an engagement ring! Quick look and smile at our neighbor, an adorable lady of about 50, to see if by any chance we could borrow her ring. Which she gladly agreed to, clearly proud and honored to be an active contributor to the surrounding happiness. And off we go again. Jose, shut that music down! Silence, everyone is watching, and slowly the ring slides onto Aoife’s finger, followed immediately by a pure explosion of joy in the whole bus, it’s now formal, we’re engaged! And the whole crowd to go and scream one more time « un beso, un beso!! ». And for us to enjoy another most fabulous kiss in front of a survolted crowd… Life is more beautiful than ever, we’re floating in time (and our seats).

To conclude on this incredible evening, our sweet neighbor lady asks me to approach and takes my hand, to discreetly let a ring slide into it. The look in her face at that very moment was a poem in itself, where you feel she’s making a sacrifice but generosity and love is just stronger. Incredibly moving moment, Aoife and I just can’t help but to smile and melt in front of this incredible lady. Of course we tell that we can’t accept it, but it was SO SWEET!!!!! An absolutely beautiful moment, probably one of the most magical one of the past 7 months travelling. We thought this bus journey would be hell, and it transformed our life, made us feel like rarely before…

After a last night of crazy driving through the beautiful lands of Peru, it is time for us to leave the « love bus » (as opposed to the « love boat », just in case that wasn’t obvious), we’re in Lima. Jose says goodbye and makes us promise to name our first kid Cruz del Sur (the name of the bus company). Aoife and I look at each other with a smile, then decide that CeDeS might be more appropriate (poor kid, imagine…).

And of course you wonder what is going to happen next… Well, after much discussion together, we figured that maybe it was a bit fast, and statistically estimated that our marriage would probably last between 6 and 8 months, a bit short considering all the trouble to go through to organize everything and all… So we’ll not actually get married (yes, what a disappointment…), but what a bus ride I tell you. So that’s it, hope you enjoy that bus ride as much as we did.