Tortel – bout du monde…

Tortel - au détour d'une passerelle

Tortel - au détour d'une passerelle

La prochaine ville au sud se prénomme Cochrane et mis à part une route absolument magnifique longeant les glaciers et sommets à 3,000m, la ville en elle-même est sans grand intérêt. J’y arrive après 8h de route, pour repartir le lendemain pour le prochain et dernier patelin sur la carte avant Villa O’Higgins, Tortel…

Les Fjords autour de Tortel

Les Fjords autour de Tortel

Dans le bus, ou plutôt devrais-je dire mini-van, je fais la connaissance de Charles, un parisien fou de Patagonie qui a finalement fait le grand saut. Nous voyagerons ensemble bien au-delà des contrées chilienne et rapidement une grande complicité s’installe. C’est avec lui que je rencontrerai Tortel et tous les charmes de ce petit hameau perdu dans les montagnes et fjords de la Patagonie. Après 3h de route, nous arrivons à destination.

Tortel!

Tortel!

Tortel, Tortel, Tortel… par ou commencer… ville de 500 habitants coincée au fond d’une vallée de fjords et glaciers complètement inhabitée. Avant la construction de la route en 2003, impossible d’y accéder autrement que par avion (un gros coucou de 6 places) ou par voie d’eau avec un bateau assurant le ravitaillement tous les 4 mois. Particularité, les maisons sont construites à flan de montagne et sont reliées uniquement par… des passerelles de bois. On oublie le concept de la route, il n’y en a pas. Tout le village est donc relié par ces longs chemins de bois qui sillonnent la montagne et longent une eau de glacier d’un vert azur. Pour ceux qui ont vu « La grande séduction », l’esprit est le même. On pourrait penser que faire le tour est rapide… erreur! Il nous faudra un bon 45mn pour couvrir le patelin d’un bout à l’autre, et déboucher sur une magnifique plage à l’entrée du fjord, secondée par un camping (inondable SVP). Selon nos calculs savants, on en a pour un bon 4km de marche pour rejoindre les dernières maisons. Pas mal pour un trou paumé!

Une des nombreuses passerelles

Une des nombreuses passerelles

Munis de nos gros sacs, nous nous mettons à la recherche d’une auberge pour accueillir nos âmes pleine d’émerveillement devant ce petit trésor bien gardé. Petit passage à Yellowsur, auberge qui se dit offrir tous les services requis par deux backpackers comme nous, rapidement disqualifiée quand nous découvrons l’intérieur en état avancé de délabrement et la chambre pour deux personnes laissant un bon 15cm entre les lits (et je reste gentil). Merci mais non merci. Nous continuons notre avancé et transpirons à forces de marches alors que le village se révèle à nous… dans toute sa longueur! Finalement nous arriverons à l’auberge de Louisa, chaleureuse et sympathique. Après une négociation acharnée et s’être fait expliqué que «Si senor,  yo tengo que cargar diez mil, no menos… » avec une douce voix de négociatrice avisée, nous nous en tirons pour 8,000 pesos, pas si mal. Nous investissons nos quartiers et décidons qu’il est temps de renflouer l’estomac. Nous allons donc à l’un des seuls restaurants, le Mirador, et dégustons pour notre plus grand plaisir l’un des meilleurs saumons qu’il nous ait été donné de manger, directement pêché dans la rivière Baker qui se jette dans le fjord. Un vrai délice. Le reste de la journée est passé à déambuler et profiter des derniers rayons de soleil qui se posent doucement sur les montagnes alentours – la lumière est un peu pourrie pour la photo (dixit Charles), mais c’est quand même ravissant.

...

...

Fin d’après midi, nous découvrons deux nouveaux locataires d’âge mûr d’origine allemande dans notre repère de pirate. La première rencontre est sympathique, nous écoutons le meneur du groupe (de 2) nous expliquer comment il y a 20 ans, « there was nobody! nobody! », de nous raconter ses péripéties dans la région et nous parler des glaciers alentours. Je pense qu’on y aura droit au moins 5 fois en 24h, alors que notre ami va chaque fois manquer de s’étouffer tellement il est essoufflé et s’excite. Pendant ce temps son compère Paulo reste ma foi très mystérieux et silencieux, on voit quand même les yeux bouger de temps en temps nous rassurant sur son encéphalogramme. OK, j’avoue que deux trois fois on l’a presque secoué pour voir s’il bougeait encore… Son compère quant à lui n’a de cesse de crier de manière incessante son nom, ça donne des « Paulo!!! » qui raisonnent le long de nos chères passerelles, et nos oreilles par la même occasion…

...

...

Histoire de finir la journée en beauté, nous allons faire du ravitaillement au magasin du coin (qui ouvre à 16h, on déconne pas avec la sieste par ici) et rencontrons deux belges qui ont établit leurs quartiers dans le camping dit « inondable », fameuse idée quand on sait que Tortel se tape de la pluie à peu près tous les jours de l’année. Et Marino de s’exclamer à chaque deux phrases « c’est vraiment d’l'abus! ». Ils sont venus passer quelques jours et sont maintenant là depuis quasiment 2 semaines, vivant dans l’angoisse d’une pluie abondante et soudaine, mais trop flemmards pour bouger. C’est qu’à Tortel, y’a de l’inertie! Nous passerons un moment avec eux le soir dans leur petit nid de Damoclès, et profiterons d’un paysage qui laisse rêveur, les montagnes enneigées éclairées par le scintillement des étoiles et une lune presque pleine laissant les passerelles se dessiner sous nos pieds. Moment de contemplation, nous sommes heureux.

Le Javier

Le Javier

Deuxième jour, réveil relax et douche avec vue sur le fjord (la mère Louisa fait décidément bien les choses). 11h, Charles fait un peu d’internet (je sais! Internet au bout du monde!) pendant que je suis posé sur… une passerelle (pas vraiment le choix mais c’est très plaisant, je recommande) à gratter de la guitare. Et là, la rencontre de l’année va arriver, je vois Javier s’approcher et me saluer, salut retourné illico, et s’attarder sur ma guitare avec un regard qui en dit long. Pas besoin de s’épancher dans les politesses, je lui passe l’engin et le voilà qui s’excite sur les cordes avec un certain talent. Il voit que ça me plaît, propose de me jouer SA chanson de Tortel, et s’exécute de manière magnifique. A tel point que je prend mon ipod et l’enregistre – vous pouvez d’ailleurs en profiter en écoutant l’enregistrement en ligne. Très rapidement nous sympathisons, Charles nous rejoins, et il est convenu que nous lui rendrons une petite visite de courtoisie le soir même avec de quoi rafraichir les gosiers. Le reste de la journée est assez similaire au premier à quelques variantes près, et nous finissons l’après-midi avec la rencontre de Michelle, qui loge dans l’auberge de Javier (le monde de Tortel est vraiment petit!).

Javier le cuistot

Javier le cuistot

Javier qui se révèle un bon cuistot, et nous fais (surprise) du saumon (je sais, vous l’attendiez pas celle là). OK, il est surgelé et ça vaut pas celui de Sylvia (du resto Mirador), mais c’est quand même très bon et convivial. Nous retrouvons avec un plaisir… discutable nos deux allemands qui sont chacun armé d’une brique de la piquette locale, le fameux « Clos ». L’air de rien ils vont se l’enfiler leur litre de vin chacun, avec des verres à bières remplis à rabord. Même le Paulo montre une activité motrice (à défaut de cérébrale – pas qu’elle existe pas, mais on en a pas vraiment été témoins) particulièrement assidue lors du remplissage et vidage du verre. Ça finira avec de grands cris ponctués de « 20 years ago!!! », « Hey french man! » (ça c’est moi, il a pas vraiment compris que j’avais un nom… mais pour sa défense il se souvient tout de même de mes origines), et de grands coups de poing sur la table. Notre Javier national fait mine de ne pas faire attention et s’empare de la guitare pour nous enjouer la soirée de ses contes et légendes de Tortel. Un superbe moment en bonne compagnie qui se termine dans les vapeurs de vin bon marché et les cordes qui raisonnent dans notre tête. Temps de mettre la viande au torchon, nous attaquons demain matin LA randonnée de Tortel avec Javier et Michelle.

Pause Pisco Sour!

Pause Pisco Sour!

On se retrouve à 10h et nous voilà partis pour la randonnée. Presque. Nous suivons notre joyeux Javier qui fait tout de même un dernier arrêt au magasin fraichement ouvert et prend de quoi adoucir notre épopée. Un pack de 6 bières, non en fait on va en prendre deux de plus (faudrait quand même pas manquer en chemin), et des clopes pour faire bonne mesure. On se regarde avec Charles, « il est complètement fêlé le mec! » :) . Javier nous arrête tous les 30 mètres pour nous raconter l’histoire de Tortel et les potins de tel ou tel habitant, la sortie du village est colorée. Après un gros 15mn de marche sur le sentier, temps de faire la première pause. Ouverture de bière, cigarette… il est 11h. Et Javier s’en donne à cœur joie, et n’en finit plus de raconter des histoires qui sont finalement assez banales mais son enthousiasme et sa bonne humeur nous laissent pendus à ses lèvres. 30mn plus tard, temps de se remettre en route. On marche un autre 30mn, et il est temps de faire la prochaine pause. À la troisième, on a droit à un bon Pisco sour accompagné de sandwichs qu’il a concocté à notre insu avant de partir – adorable ce Javier. Nous pouvons ce faisant admirer une vue panoramique du village et des fjords alentours, une pure merveille. Le reste de la randonnée sera à peu de choses près le même enchainement, les histoires se rallongeant tout de même à mesure que l’alcool fait son effet sur notre hôte (et nous-même d’ailleurs). Bref on mettra un bon 5h à faire une randonnées de… 2h. On s’évitera le calcul douloureux de la vitesse moyenne, très légèrement faussée par les « quelques » pauses sur le chemin. Belle performance!

Aux abords du village

Aux abords du village

Histoire de conclure cette belle journée et parce qu’on l’a quand même bien mérité, nous décidons avec Charles de se soigner au saumon de Sylvia – pas tous les jours qu’on peut manger du saumon sauvage du Rio Baker tout de même! Le ventre est plein et les souvenirs fusent, Tortel fut un grand moment du voyage pour nous deux. Rien qu’à se remémorer ces trois jours, on en peut plus de rire – quelle découverte. Le lendemain est le temps du départ et après un au revoir chaleureux avec Javier, nous voici de nouveau sur la route cette fois en direction de Villa O’Higgins d’où est censé partir un bateau dans 2 jours pour nous faire passer la frontière vers l’Argentine et El Chalten.

Vue du village

Vue du village

Petite parenthèse pour vous parler du transport. Car dans ces régions reculées, ben c’est pas gagné. Nous arrivons à Tortel le lundi. Le prochain bus de Tortel à Villa O’Higgins est le mardi en après-midi, le suivant la semaine suivante. Le problème est que Charles et moi accrochons bien sur Tortel et on se verrait bien passer quelques jours (nous y passerons finalement 3). Faire du stop, on oublie, les voitures n’existent pas. Après avoir longuement discuté avec Diego fraichement réveillé de sa sieste (peu importe l’heure de la journée, nous le vérifierons après une étude scientifique et des visites aléatoires à intervalles réguliers), nous réalisons que c’est pas gagné. Son travail de chargé touristique consiste à distribuer des fascicules. Si on pose une question, il l’ouvre et découvre avec nous son contenu, très utile. Il a quand même une bonne tête le Diego, avec Charles on l’aime bien. Finalement nous découvrons quand même qu’il y a un bus qui passe à 20km de Tortel et rejoins Villa O’Higgins. Faut maintenant juste trouver un moyen de se rendre à l’intersection pour attraper le bus. Javier nous conseille alors de prendre contact avec Pépé (le papa de Diego – vraiment un petit monde!), qui a un pick-up et pourrait nous emmener au croisement moyennant une maigre rémunération de… $30! Ben faut savoir ce qu’on veut dans la vie. Finalement on y arrive, mais c’était du sport. Mon Charles est rassuré, nous allons pouvoir attraper le bateau de samedi et passer en Argentine à la date prévue.

Villa O'Higgins

Villa O'Higgins

7h plus tard et une bonne dose de poussière plus loin, nous arrivons à Villa O’Higgins, dernière étape chilienne. Nous allons loger à l’auberge El Mosco et rencontrer son propriétaire, Jorge, complètement excentrique le pauvre. Le coin est paumé (original) et la ville énorme (500 habitants). La place d’arme (comprendre place principale du village) comme de juste fait la moitié du village. Les gens sont sympa. Le soir, on rencontre César, capitaine du bateau que nous devons prendre dans deux jours, qui nous invite gentiment à nous joindre à lui pour aller à la pêche à la truite histoire de bien conclure la journée. Nous rentrons avec 3 superbes truites (pas grâce à moi je vous rassure) que Jorge va nous faire au BBQ, un vrai délice! Samedi arrive, temps d’embarquer sur le bateau qui nous fait traverser le lac O’Higgins. Nous arrivons à la douane chilienne, obtenons notre tampon de sortie, et une autre aventure commence, la marche.

Traversée du lac O'Higgins

Traversée du lac O'Higgins

Nous devons marcher un bon 22km pour atteindre la frontière argentine, d’où nous prendrons un bateau et une navette qui nous ramèneront à la civilisation. Après maintes tergiversations, nous décidons avec Charles d’attaquer la randonnée avec nos sacs et déclinons la navette. Nous voici donc partis par un soleil de plomb avec notre sac (et guitare dans mon cas) sur le dos. Le tout commence par une ascension de 400m de dénivelé sur 6km avant de rejoindre le plateau d’où nous apercevrons de loin le Fitz Roy, majestueux au fond de la vallée (nous en ferons la montée – voir le prochain post). Nous transpirons à grosses gouttes mais la balade est chouette, et après un bon 4h de marche, rejoignons le lac Desierto qui marque le passage en Argentine. Grosse déception, le ferry censé nous amener à El Chalten ne nous a pas attendu (vraiment vexant!). Consolation tout de même, nous campons à deux pas du poste de douane au bord du lac, avec en vue de fond le Fitz Roy. C’est beau. Le lendemain, nous rejoignons finalement la civilisation comme prévu qui marque la fin de notre superbe épopée sur la carretera austral. Que de souvenirs, définitivement un morceau de choix de mon voyage.

Javier et le fiston

Javier et le fiston

Tagged with:
 

Carretera austral – l’aventure!

Sur la route de Cochrane

Sur la route de Cochrane

Me voilà donc sur la route pour la Patagonie, pays des fjords et glaciers, du froid et du mauvais temps. Deux possibilités, aller au sud par la fameuse route 40 en Argentine, ou bien tracer au Chili et descendre la carretera austral. Cette dernière m’a été décrite comme étant complètement paumée, avec un chemin forestier pour toute route et traversant des villages de pionniers supposés sans intérêt. Le tout arrosé d’une pluie abondante et incessante, avec des bus à fréquence aléatoire. Bref, on sait quand on part mais dur de dire quand et ou on arrive, ni dans quel état. Cette description alléchante finit de me convaincre, je vais prendre le chemin des écoliers, long tout de même de plus de 1,200km. L’aventure démarre donc de Futaleufu, petit village perdu dans les montagnes bordant la frontière chilienne – à une journée de voyage depuis Bariloche.

Du stop en musique

Du stop en musique

Descente du bus, je me renseigne pour savoir à quelle heure part le prochain bus pour le sud. Question mal posée, quel JOUR part le bus… 2 jours d’attente – ca commence bien! Jamais fait de stop, c’est le temps donc d’essayer. Les locaux me regardent bizarrement mais je ne me démonte pas pour autant. Je mets donc mon barda sur le dos et me voilà au bord de la route à attendre le prochain bon samaritain. Qui ne se fait pas attendre, j’attends 10 minutes et voit Manuel s’arrêter avec son pick-up. Il peut me descendre jusqu’à Santa Lucia à 120km au sud, c’est déjà ça de pris. Après une descente en mode « rally » au milieu des montagnes et lacs, la route est absolument magnifique, je découvre Villa Santa Lucia, paumée au fond de la vallée avec des maisons de brocs et un bon 300 habitants – ok, 250. Pas de problème, je me pose au bord de la route, il est midi et après mon premier succès de la journée, je me sens en veine. Mon pouce reste levé un bon 15mn, pas de voitures. Je me décide à m’asseoir. 45mn plus tard, toujours pas une voiture, je sors la guitare et Pink Floyd s’en donne à cœur joie. Au bout d’une heure, 1 voiture passe (WOW). Je me dis qu’elle est pour moi, je l’ai tout de même bien méritée. Ces ingrats ne vont même pas s’arrêter, plutôt ils vont me recouvrir d’une légère poussière ocre. Mais rien n’y fait, je suis motivé! Inutile de préciser que je suis en plein cagnard sans crème solaire (finie la veille), la faim me tenaille l’estomac. L’excitation du départ commence à faire place à une attente frustrante. On dit souvent que faire du stop est fonction de la bonne volonté des gens, ça fonctionne… quand il y a des voitures! Je rencontre Jolly Jumper, pauvre cheval errant sur la route, quelques vaches me regardent avec leur tronche brillante d’intelligence, et je me débat avec la horde de temps qui sont parait-il très populaires en Patagonie (et tenaces les salopiauds).

Villa Santa Lucia

Villa Santa Lucia

2 heures et demi… ras le bol je me dirige vers le magasin du village. Le prochain bus est le lendemain matin, probablement plus sur pour arriver quelque part. Je pose donc mes affaires, sors ma guitare et nous passerons avec le propriétaire du magasin et la horde de gamins du village le reste de la journée au bord de la route à compter les voitures (sur les doigts d’une main quand même), jouer de la guitare et vider des bières. Finalement toute une expérience et l’imprévu du voyage, les gens sont absolument adorables et nous partagerons un très bon moment. La mama me préparera un dîner digne de ce nom avec riz, saucisse et salade de tomates (papa, un vrai délice), et nous finirons la journée sur quelques accords de guitare et le sourire des enfants contents d’avoir de la compagnie. Après une bonne nuit de sommeil pour cuver les bières et me remettre de mes émotions, temps de remettre les voiles au sud. Objectif, rejoindre Coyhaique d’ici la fin de la journée (oui Charles, LE Coyhaique), point central de la carretera austral. Je reprend mon poste au bord de la route, cette fois rempli d’espoir par le bus. Une voiture arrive, à tout hasard je lève le pouce, et la voiture s’arrête! Je fais la connaissance de Julio (Argentin) et Anne-Hélène (Française) qui proposent de me descendre 100km au sud à Puyuhuapi, petit village de pêcheur. De là je me dis que je pourrais toujours attraper le bus pour descendre plus au sud, et en plus faire leur connaissance. J’embarque. Nous partons rapidement dans des discussions passionnantes et variées, ponctuées d’arrêts le long de la route histoire de faire quelques photos et profiter du paysage et du temps (toujours grand beau – est-on vraiment en Patagonie?!). Prochain arrêt, nous manquons de nous faire renverser par LE bus qui arrive à toute berzingue en sortie de virage. Oops, on oublie donc d’arriver à Coyhaique en fin de journée, va falloir réajuster les plans.

Anne-Hélène et Julio

Anne-Hélène et Julio

Nous arriverons finalement à Puyuhuapi pour un déjeuner tardif et poussons un peu après le village au restaurant des eaux thermales, petit coin de paradis fleurit au bord du lac. Vous prenez un superbe lac suisse entouré de montagnes, enlevez les touristes, les grands chalets au bord de l’eau, les bateaux et autres embarcations nautiques, et vous y êtes. Charmant! Après le déjeuner et une bonne dose de soleil, mes deux compagnons ne sont pas fatigués de moi (je sais, incroyable!) et me proposent d’aller voir le glacier voisin avec eux. Cool! Après une marche de 45mn, que nous essayerons de couvrir en 30mn – sans succès, nous pouvons finalement admirer mon premier glacier perché dans un col et source de maintes cascades. C’est un régal, beau, magnifique, les mots manquent. Temps de redescendre, Anne-Hélène décide de prendre les choses en main et nous courrons avec Julio derrière elle histoire de tenir le rythme – insoutenable! Ces derniers ont décidé de poser la tente au pied du glacier, il est temps pour moi de les remercier chaudement après une journée inattendue en excellente compagnie, récupérer mon barda et de faire le chemin vers Puyuhuapi histoire d’y passer la nuit. Il est 20h – j’ai 20km à couvrir en passant par l’autoroute locale (toujours autant de voiture, ça en donne le vertige). Le soleil se couche, je mets mes écouteurs et commence ma marche vers le village.

Mon premier glacier!! :)

Mon premier glacier!! :)

Le soleil couchant se découpe sur les montagnes, l’air est frais mais agréable, la musique parfaite, je suis heureux. Aucune idée de quand je vais croiser une voiture ni ou et quand je vais dormir, mais peu importe je me laisse emporter par la magie du moment. 45 minutes plus tard, toujours pas vu une voiture, mon barda pèse une tonne et le soleil a presque finit de se coucher (malgré mes espoirs que le soleil couchant ne se couche finalement pas complètement, beaucoup plus beau). Ma bonne humeur naïve vacille peu à peu, mais pas grave, je dormirai au bord de la route s’il le faut, j’en mourrait pas. Après réflexion, j’ai rien à manger, ça c’est moins cool. Finalement après une heure à errer sur la route et le dos en morceau – que vois-je… des phares de voiture! Je me pose sérieusement la question de ne pas l’arrêter et de profiter de la nature environnante pour passer la nuit et poursuivre l’aventure jusqu’au bout… mais à la réflexion… non, quand même pas exagérer tout de même! Je m’arme de mon sourire le plus charmant, la voiture s’arrête (sauvé!), et je réalise avec plaisir qu’il s’agit du gardien du parc du glacier qui me propose de passer la nuit chez lui. La nuit est tombée, on se les pèle grave, la proposition est donc acceptée avec plaisir (presque même du soulagement au grand dam de ma fierté d’aventurier). L’arrivée au village se fait une demi-heure plus tard (je vous raconte pas si j’avais dut me taper tout çà à pied, l’enfer…), je m’installe dans mes quartiers, quatre murs avec un matelas (un vrai paradis après la perspective de dormir au bord de la route… ok j’y ai pas vraiment crut pas, mais l’idée m’a quand même traversée l’esprit). Quelques tranches de salami jetées sur du pain, une bière, mon sac trempé (pas vu qu’il pataugeait dans l’eau pendant mon dîner de fortune au bord du lac), et me voilà au dodo après une journée ma foi assez surprenante et sympathique. OK j’ai pas beaucoup avancé au sud mais la rencontre de Julio et Anne-Hélène et nos interminables discussions furent un vrai régal – que nous comptons d’ailleurs poursuivre au bord du lac Puelo proche de Bariloche, ou ils habitent.

Ponton de Puyuhuapi

Ponton de Puyuhuapi

Je pensais partir directement pour Coyhaique (encore) mais décide finalement de passer une journée de plus avec le peu de pesos qu’il me reste (pas de banque bien entendu) et après un réveil tardif et un semblant de petit déjeuner, me voilà au bout du ponton à jouer de la guitare sur le lac, pour finir en beauté la journée avec un tour de kayak sur le lac sous un grand soleil (vraiment des histoires ce soi-disant mauvais temps en Patagonie…!). Lendemain matin, 7h, me voilà finalement dans le bus en route vers Coyhaique (si si, je vous assure!) que je rejoins vers midi après un voyage absolument magnifique alternant entre lacs et glaciers suspendus, une vraie merveille!

Sur la route de Cochrane

Sur la route de Cochrane

Coyhaique, une journée de vacances histoire de définir les prochaines étapes de l’itinéraire… Et après mure réflexion, je me décide à continuer sur la route des écoliers et de garder le cap au sud. Mon guide me quitte puisqu’il ne traite pas de la partie sud de Coyhaique, je me réfère donc aux dires d’autres voyageurs qui m’ont parlé d’un moyen de rejoindre la frontière argentine et El Chalten par le sud de la carretera austral, partant d’un petit patelin qui s’appelle Villa O’Higgins. De là, il devrait y avoir un bateau amenant à la frontière, et un bon 20km de marche dans les montagnes avant de rejoindre la partie argentine. La fleur au fusil, je repars le lendemain donc pour… le sud. Je sais, je l’ai déjà dit! L’aventure en terre patagonienne continue…

Toujours sur la route de Cochrane - vraiment beau!

Toujours sur la route de Cochrane - vraiment beau!

Tagged with: