Me voici donc à Sucre, pour 3 semaines. Objectif : me plonger en immersion totale, donner de mon temps en faisant du bénévolat avec les enfants et pratiquer mon espagnol jusqu’à la corde. Voyager est extraordinaire et les 3 mois passés (déjà!) ont été une succession d’émerveillement et de rencontres. Cela dit je fréquente la plupart du temps des étrangers et ne passe pas plus de 1 à 2 jours dans chaque endroit. Difficile donc de s’imprégner de la culture locale et de développer des relations avec les habitants. L’objectif de Sucre est donc de mettre le voyage de côté quelques semaines et de prendre le temps de découvrir l’endroit comme les gens.
Au programme (chargé!), logement en famille d’accueil, travail dans la garderie d’un quartier pauvre de Sucre le matin et cours d’anglais avec les enfants l’après-midi. Histoire de combler les trous j’ai décidé de réaliser l’un de mes rêves : apprendre la guitare (idée de génie que de me trimballer une guitare pour traverser l’Amérique du Sud, il fallait y penser). Les journées sont donc chargées mais pas encore suffisamment, je les conclue donc avec des cours de salsa. Et ça fonctionne! Je suis avec les locaux du matin au soir, et je prends un plaisir incroyable à apprendre, que ce soit l’espagnol ou la guitare – deux sujets qui me tiennent à cœur.
La première semaine est un peu dure, je suis seul et ne rencontre pas de backpackers, je passe donc le plus clair de mon temps à travailler avec les enfants ou seul à pratiquer espagnol et guitare. Après 3 mois à vivre à rythme accéléré, ponctué de maintes rencontres de gens de tous horizons, le changement de rythme est radical. La garderie est également un choc, les conditions de vie et d’hygiène étant déplorables et la pauvreté évidente. Mais je réalise rapidement que c’est exactement ce que je recherchais et une petite routine s’installe rapidement à mesure que je m’ouvre à cette autre facette du voyage et de l’Amérique du Sud, une facette plus réelle que jamais.
Le premier jour, arrivée à la garderie à 9h, j’ouvre la porte et découvre tout à coup une ribambelle de petites têtes brunes (surprenant, peu de blonds). En l’espace de quelques secondes, j’en ai 2 dans les bras et quatre autres accrochés à mes basques. Ce moment marquera le début de 3 semaines merveilleuses avec les enfants (entre 25 et 30 selon les jours), ponctuées de sourires et câlins, et quelques pleurs pour faire bonne mesure.
Les conditions sont plus que limites. Le quartier est très pauvre, les infrastructures quasi-inexistantes et la garderie s’en ressent. Simplement une grande pièce avec une cuisine de fortune dans un coin, pas de toilettes ni d’eau courante, le tout pour près de 30 enfants. Inutile de préciser que les jouets se courent après et il faut faire preuve d’imagination. La cours sert donc de défouloir pour ces jeunes pleins d’énergie quand le temps le permet. L’hygiène quant à elle laisse à désirer et on sent qu’il y a un gros manque d’éducation en plus de problèmes de moyens.
Cela n’empêche pas ces jeunes (de 1 à 7-8 ans) d’avoir une énergie incroyable et un sourire à faire fondre la Patagonie. On sent qu’ils n’ont pas nécessairement l’habitude de recevoir de l’attention, et mon arrivée (suivie par 2 autres volontaires la semaine suivante) est une fête pour eux. Ca crie, remue, se jette sur les genoux, tire les jambes, bref ça bouge. Et pas intérêt à penser à faire une pause. C’est un vrai plaisir et tellement émouvant de voir toute cette affection et ces sourires. Les yeux quant à eux racontent des histoires. On sent que certains ont vécut et vivent des choses difficiles, la garderie est souvent pour eux le temps de se détendre. Le lundi est d’ailleurs une journée difficile, on sent que la fin de semaine a été dure à la maison et que le retour à la garderie permet de respirer et de se remettre petit à petit. Les premières heures sont consacrées à reconnecter avec ces petites âmes pleines de vie, et hop c’est repartit pour une autre semaine. Comme ça, j’accueille le 3e jour 2 jumeaux de 14 mois, Sergio et Severino. Premier jour, impossible de leur décrocher un sourire – je les travaille au corps pendant 3h mais rien n’y fait. Finalement j’arriverai à les faire « craquer » après trois jours, et quel plaisir de les voir finalement sourire – et de voir ces petits bras se lever dans les airs pour qu’on leur fasse un câlin! Mais est-ce normal à cet âge là de voir ça…
Bref quelle expérience de vie. Ça confronte à la réalité de beaucoup plus d’enfants qu’on ne s’imagine, beaucoup de choses qu’on prend pour acquises sont un luxe pour eux. Des choses aussi simples que d’avoir des toilettes, des vêtements propres… Je ne veux pas non plus dramatiser, mais c’est clairement une autre réalité qui m’était (nous est?) complètement étrangère. Ca réveille, un peu douche froide, ça attendrit. Je cherchais un « reality check », je l’ai eu. Et avec ça un temps incroyable avec des enfants d’une gentillesse et d’une maturité surprenante. On sent également une solidarité à toute épreuve, particulièrement entre frères et sœurs. La plus grande frustration sera de ne pas pouvoir changer significativement les choses, étant sur place pour seulement 3 semaines et n’ayant pas été mandaté pour intervenir sur la manière dont sont encadrés les enfants. Nous nous lancerons tout de même dans des travaux de terrassement afin de faire un potager dans la cours pour qu’ils puissent cultiver leurs légumes (les rations alimentaires sont souvent insuffisantes et manquent de produits frais). Belle aventure qui restera gravé en moi pour bien du temps, les au-revoir sont émouvants des deux côtés.
L’après midi est consacré aux cours d’anglais. J’assiste une prof absolument géniale (Lourdes) et enseigne donc à des jeunes de 7 à 11 ans qui apprennent les bases de la langue anglaise. Une toute autre ambiance, on sent que les enfants viennent d’un milieu plus aisé. Lourdes fait preuve d’une énergie illimitée et je n’ai pas d’autre choix que d’embrayer et suivre le rythme. Et ça swing! Je leur enseigne les Beatles, accompagne (ou plutôt tente) les chansons éducatives à la guitare et participe aux différentes activités (description des parties du corps humains avec cobails, etc.). Première fois que je me trouve dans une cadre d’enseignement formel (de l’autre côté du bureau) et j’adore.
Le reste du temps est consacré à la guitare – mon prof s’évertue à m’apprendre les bases de la musique et de la guitare en 2 semaines, le pauvre en transpire à grosses goutes, mais il est très bon et je m’imprègne du maximum pendant que je peux. Après ça je serai sur la route et il faudra que je me débrouille! La deuxième semaine, je rencontre Dieter (de Bolivie) et Jayna (d’Angleterre) et on change de vitesse. Sortie tous les soirs dans les endroits locaux, à coup de concert de Heavy Metal ponctué de pogos avec des boliviens aux cheveux longs et tout habillés de noir, de sessions de Karaoké (complètement ancré dans la culture – les gens se lèvent tour à tour pour chanter, c’est naturel), et de maintes boites de nuits et autres bars. Le monde de la nuit de Sucre surprend, les nuits raccourcissent et l’ambiance change.
En résumé, 3 semaines de pur plaisir et un changement radical du reste du voyage. Je cherchais l’immersion totale, j’ai été servit! Que ce soit avec les enfants ou en sortie le soir, j’ai passé mon temps avec les locaux, eu mes premières conversations entièrement en espagnol dans les bars (yeah!), et surtout j’ai pris le temps de faire la connaissance des lieux, des gens, de la culture. Aussi simple que d’avoir ses petites habitudes dans les cafés et de tailler une bavette avec les serveurs – magique. Un sacré contraste avec le reste du voyage. Il est maintenant temps de remettre les voiles pour rejoindre mes parents dans le sud. Étrange sensation que de remettre le sac sur le dos, nostalgie de quitter Sucre couplée à l’excitation de me remettre en route et de revoir la famille. Au programme 1 semaine pour rejoindre Mendoza en Argentine, juste un petit 50h de bus! Dommage pour mes voisins, je suis maintenant armé d’une guitare et de gammes en tous genres. En chemin, je compte tout de même faire quelques pauses, notamment me refaire le salar de Uyuni (je sais, il n’est pas bien le garçon) qui est maintenant remplit d’eau et change complètement la paysage – visiter San Pedro de Atacama au Chili, et passer 1-2 jours à Salta en Argentine, supposément un superbe vestige colonial. Bref je me remets en selle! A suivre…

















































































